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Mardi 4 janvier 2011 2 04 /01 /Jan /2011 22:13

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« Les yeux de Julia » s’impose comme la nouvelle petite merveille du cinéma de genre espagnol. Entre thriller psychologique hyper tendu et dérives fantastico-étranges, le scénario suit un chemin malin et ingénieux et la mise en scène fait très vite exploser une inventivité et une grandeur virtuose ! Quand Julia sent que sa sœur jumelle est en danger, elle s’empresse de la rejoindre, accompagnée de son mari, mais celle-ci est déjà morte, mystérieusement pendue au sous-sol de sa maison… L’affaire est aussitôt classée, la cécité irrémédiable de la défunte expliquant aisément son geste malheureux. Sauf que Julia se doute que les choses ne sont pas si simples. Atteinte du même syndrome que sa sœur, une série d’évènements aussi inattendus qu’effrayants vont la pousser à enquêter par elle-même, le stress lui faisant alors perdre progressivement la vue, jusqu’à une opération des yeux qui lui permettra peut-être de revoir… A moins que certaines personnes n’en décident autrement ?

On ne vous parlera pas des multiples twists et rebondissements qui émaillent le film, ce serait gâcher le plaisir que l’on prend à suivre une intrigue tout en heurts et en révélations. Le long métrage est construit comme une longue poussée d’adrénaline qui n’en finit pas et l’on se retrouve très vite saisi corps et biens dans l’histoire, que l’on ne quittera plus jusqu’à son effroyable aboutissement ! On se retrouve peu à peu à faire corps avec le personnage de Julia, qui sera notre guide dans tout ce déchaînement d’évènements… Sauf que notre guide devient aveugle, et la mise en scène nous permet de vivre ce handicap à merveille, avec une belle énergie ! D’abord, la bande sonore est un pur joyau : tous les sons sont exagérés au fur et à mesure que l’image s’assombrit, comme pour mieux nous faire comprendre que lorsqu’un sens est touché, en l’occurrence la vue de Julia, les autres sens viennent alors en renfort pour tenter d’appréhender au mieux l’environnement dans lequel le personnage évolue…

Ensuite, l’image est très joliment travaillée, souvent sombre et obscurcie par quelques voiles d’ombres peu rassurants… Mais le cinéaste joue surtout sur la façon de filmer ses personnages : plus Julia devient aveugle, moins les autres personnages nous apparaissent à l’écran. Ils deviennent alors eux mêmes des ombres, des corps filmés par bribes ou de dos, voire carrément hors champs ou dans une pénombre complète… On les voit alors exactement comme Julia les voit, c’est à dire justement qu’on ne les voit plus ! « Les yeux de Julia » se révèle d’ailleurs éminemment hitchcockien à de nombreuses reprises ! Mais alors que le maître du suspense se complaisait à suivre les femmes de dos avec sa caméra, Morales filme quant à lui son actrice frontalement, en insistant sur des détails de son visage, en se concentrant lentement sur sa seule figure et en laissant ainsi progressivement disparaître tous les autres personnages du champ… Citons d’ailleurs l’une des dernières scènes du film, mêlant affrontement au couteau dans la pénombre, percée à diverses reprises par le contraste luminescent du flash saisissant d’un appareil photo : une pure merveille de tension et d’habileté formelle, quelque part entre la scène de la douche de « Psychose » et les flashs photographiques du héros à la fin de « Fenêtre sur cour » !

Quant à la morale de cette histoire, autant dire qu’elle procure son petit effet… Quand le coupable nous apparaît enfin, comme « saisi » littéralement en pleine lumière, non seulement la scène est somptueuse, mais les explications qu’elle engendre, teintées de merveilleux, surprennent avec effroi ! « Les yeux de Julia » nous parle alors d’un tout autre handicap que l’aveuglement (ou la cécité) de l’héroïne (et pour le coup des autres personnages), il nous renvoie à l’un des handicaps sociaux majeurs engendré par notre civilisation et notre façon de vivre : la solitude…

Par Phil Siné - Publié dans : A l'affiche en 2010 - Communauté : Cinéculte
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