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Dimanche 14 mars 2010 7 14 /03 /Mars /2010 20:13
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Adapté du roman " Six days of the Condor " de James Grady, "Les trois jours du Condor" diminue donc le temps de l'intrigue par deux pour son passage à l'écran... Alors que Sydney Pollack tourne son film en 1975, le scandale de l'affaire du Watergate éclate et tombe finalement à point nommé pour le succès à venir du long métrage. "Les trois jours du Condor" trouve en effet un écho évident dans cette Amérique en perte de repères depuis "l'affaire", où les institutions vacillent, en proie au doute et à la suspicion de ses concitoyens... Avec ce thriller politique aux forts accents paranoïaques, le cinéaste surfe ainsi malgré lui sur un imaginaire collectif redessiné par l'actualité et crée tout bonnement un modèle du genre, qui servira de référence à de nombreux films par la suite, jusqu'à aujourd'hui d'ailleurs, avec par exemple "The ghost writer" de Roman Polanski.

Pour captiver le spectateur, Pollack sait créer une atmosphère des plus anxiogène grâce à une mise en scène précise et maîtrisée, pour ne pas dire quasi chirurgicale. En racontant l’histoire d’un homme finalement comme les autres (un Robert Redford captivant !) pris dans l’engrenage d’une sombre histoire qui le dépasse complètement, montrant une CIA capable de tuer ses propres agents pour taire certaines vérités, le film nous lance avec son personnage dans une course poursuite stressante, dont le déroulement et l’aboutissement sont constamment incertains. La réalisation hyper efficace est la cause de la frénésie angoissante qui traverse le film. Lors du massacre des collaborateurs du « condor » au début, lorsque les tueurs demandent à leur dernière cible de s’éloigner de la fenêtre, pour en fait la tuer sans que le fracas n’aille s’étendre à l’extérieur, il y a une attente pesante qui nous fige littéralement, nous faisant pour un moment encore espérer un répit et un espoir pour la jeune femme d’échapper à son funeste destin… Plus tard dans le film, alors que le héros s’est caché chez une femme conciliante (superbe Faye Dunaway !), un faux facteur s’introduit dans l’appartement et une scène de lutte armée s’ensuit : le découpage de la séquence, plan par plan qui s’enchaînent à une vitesse sèche et saccadée, avec en prime les flashs des appareils photos, est une pure merveille d’élaboration formelle, aux raccords parfaits et techniquement irréprochable !

Mais « Les trois jours du Condor » nous propose enfin une superbe évocation du pouvoir livresque, métaphorique et presque poétique. Joseph Turner (le fameux « condor ») est en réalité un écrivain frustré, dont les romans ne sont jamais acceptés. Son travail pour la CIA consiste à lire des ouvrages dans un bureau, essentiellement des romans policiers, pour y trouver des codes évoquant de véritables réseaux criminels, pour suivre de nouvelles pistes imaginées par les auteurs ou alors pour s’inspirer de nouvelles méthodes d’enquêtes policières, susceptibles d’aider le gouvernement dans ses propres investigations. Pris en chasse par sa hiérarchie, probablement parce qu’il avait débusqué des choses qu’il n’aurait pas du, il fait finalement preuve de beaucoup d’ingéniosité et de talent à semer ou à piéger ses poursuivants, ingéniosité qui lui vient certainement de ses nombreuses lectures, comme s’il était « sauvé » par les livres, en somme ! Admirons pour terminer toute l’ambiguïté de la dernière séquence, où le héros comprend qu’il devra désormais se cacher indéfiniment, mais où il menace ses assaillants en leur disant qu’il a réussi à écrire toute son histoire et qu’il l’a envoyé à un célèbre journal, qui devrait la publier et faire éclater la vérité au grand jour… Sauf que son interlocuteur laisse planer le doute en lui rappelant que les journaux ne sont peut-être pas toujours libres de tout publier… Une bien belle image d’un camion transportant du bois et s’engouffrant dans les locaux du « New York Times » vient alors clore ce film intense et imposant.

Mise en perspective :
- The ghost writer, de Roman Polanski (France, 2010)
Par Phil Siné - Publié dans : Dans le rétro (1970-2000) - Communauté : Planète Cinéphile
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