Jeudi 5 avril 2012 4 05 /04 /Avr /2012 21:13

walk_away_renee.jpg(France, 2011)

Sortie le 2 mai 2012

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Dans une interview, Jonathan Caouette cite de nombreuses inspirations cinéphiles, de John Cassavetes (« Je crois que j’ai fait ma version de « Une femme sous influence », mais en post-moderne et sous acide ») à Brian De Palma (son utilisation du split-screen à la façon des thrillers du cinéaste), en passant par Lars Von Trier (sa façon de travailler avec la musique dans « Breaking the waves », notamment). Pourtant, dans la droite ligne de son premier long métrage « Tarnation », « Walk away Renée » ne ressemble à aucun autre film… En bricolant une forme de patchwork de sons et d’images, composés du film présent en train de se faire, d’images d’archive qu’il tourne depuis qu’il a huit ans, de photos, de conversations téléphoniques, etc., Caouette sait en effet trouver son propre style, tracer sa propre voie, à forte tendance expérimentale, dans le cinéma d’aujourd’hui… Et rien que cette faculté à imaginer cette nouvelle forme rend « Walk away Renée » immensément important et précieux ! Dans sa tonalité plus apaisée que son précédent film, on pourrait presque dire que ce deuxième long métrage est comme une version plus posée de l’électrochoc à fleur de peau que pouvait être « Tarnation »… Evoquant la même histoire - la sienne -, en se concentrant cette fois-ci exclusivement sur sa relation avec sa mère Renée, le réalisateur donne l’impression que les plaies d’un passé encore à vif sont en train de se refermer, comme si la « psychothérapie » intime à laquelle il s’est livré avec ses films avait fini par fonctionner.

Mais le cinéma de Caouette ne s’arrête largement pas à sa dimension documentaire et narcissique. Peut-être d’abord parce que le cinéaste, malgré les apparences de film décousu de son nouvel opus, nous propose bien une œuvre écrite et construite, qui nous raconte une histoire : c’est à l’occasion d’un voyage à travers les Etats-Unis avec sa mère entre deux centres de santé où celle-ci est soignée pour graves troubles mentaux que « Walk away Renée » a été conçu comme un véritable « road trip » familial, avec ce qu’il faut d’émotions et de rebondissements ! Comment ne pas être touché, en effet, par cette relation forte qui unit l’enfant responsable à cette mère qui a perdu toute autonomie mais qui n’en reste pas moins attachante… L’intrigue se déroule ainsi au cours de ce voyage en camion de déménagement, quelque part entre Houston et New York, ponctuée de flash-back évoquant le passé et de micro évènements maintenant parfois un suspense tragique, comme la disparition des médicaments de la mère, qui la fait peu à peu replonger dans sa psychose… Comme le dit Jonathan Caouette lui-même, « mes documentaires sont un mélange de rêve et d’histoires », ni tout à fait réel, ni tout à fait fiction, persuadé au fond que ce « mélange de fiction et de faits doit produire la vérité ».

D’autre part, ce « vrai faux documentaire » ne s’interdit aucune fantaisie et ose même des incursions inattendues dans le cinéma de genre… Le merveilleux émane ainsi parfois de l’imprévu, comme l’explique l’acteur-réalisateur : « pour les scènes tournées en extérieur, j’ai flouté par précaution les visages des gens dans la rue. Ca donne un côté fantastique au film, comme si ma mère et moi étions les seuls personnages à exister ». Mais l’élément le plus surprenant reste probablement cette incursion dans la science-fiction avec l’évocation des univers parallèles, thématique d’ailleurs très tendance dans le cinéma indépendant moderne, avec des films comme « Rabbit Hole » ou « Another earth ». Esthétiquement, Caouette s’inspire même des représentations cosmogoniques que l’on a pu voir récemment dans « Melancholia » ou « Tree of life » ! Mais il y a un paradoxe dans sa façon d’explorer cette idée, car les univers parallèles sont finalement pour lui « une métaphore d’une nouvelle vie » mais aussi « une métaphore de l’inévitable », comme si quelque soit ses choix dans l’infinité d’univers possibles, il serait toujours en train de s’occuper de sa mère…

Mais au fond, quel que soit la façon de qualifier « Walk away Renée » - fiction, documentaire, rêve, psychanalyse, expérimentation formelle… - on demeure absolument sûr d’une chose, celle d’assister à une œuvre cinématographique indéniablement révolutionnaire et passionnante ! Avec son don remarquable pour organiser le chaos d’images dans lequel il nous fait naviguer et pour le mettre en relation permanente avec une bande originale savamment choisie, Jonathan Caouette nous emporte avec lui dans un cinéma puissant et hypnotique, qui nous susurre à l’oreille des vérités intimes et profondes : « Je fais des films pour rappeler qu’on vit et qu’on meurt », assène le cinéaste dans ce mélange troublant de modestie sincère et de prétention involontaire propre au très grands artistes…

[Film vu en projection de presse]

Par Phil Siné - Publié dans : En avant-première - Communauté : Cinéculte
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