(Norvège,
2011)
Après le fascinant et fantastico-étrange « Norway of life » il y a déjà plus de cinq ans, le cinéaste Jens Lien revient enfin avec un nouveau film à forte personnalité lui aussi : « Une éducation
norvégienne » nous conte l’enfance du jeune Nikolaj, élevé de façon très libre par des parents hippies et qui va rejoindre un groupe de punk une fois livré à lui-même, après la mort de sa
mère…
Si tout commence sur le ton d’une comédie sociale assez ludique (le film s’ouvre sur une veillée de Noël fêtée avec une orgie de bananes et la reprise en chœur de l’« Internationale »), le long
métrage va très vite se poursuivre en empruntant des voies tout autres et parfaitement inattendues ! De part l’époque et l’univers dans lequel le jeune Nikolaj va évoluer, on se croirait parfois
quelque part entre « Trainspotting » et « Orange mécanique », avec la drogue de
l’un, l’ultraviolence des jeunes de l’autre, et bien sûr l’esprit « rock’n’roll » que l’on retrouve dans les deux… Le film se situe en 1979, et la bande son fourmille justement de références
multiples et énergiques, à commencer par les Sex Pistols, dont le chanteur, Johnny Rotten, va devenir une référence pour le jeune garçon. Les deux films précédemment évoqués se retrouvent presque
cités à l’intérieur du film par l’intermédiaire de la bande originale, puisqu’on y entend notamment une chanson d’Iggy Pop (Lust for life) présente dans « Trainspotting » ou encore des nappes
sonores qui évoquent certaines musiques classiques utilisées par Kubrick dans « Orange mécanique »…
Outre une mise en scène audacieuse et maîtrisée, appuyée par un montage efficace et habile (établissant quelques ruptures chronologiques pour le moins intéressantes), « Une éducation norvégienne
» vaut également pour sa faculté à ne jamais juger ses personnages ou caricaturer leurs comportements… La mère du jeune « héros » lui dit un jour que même s’il commet des actes mauvais, cela ne
veut pas dire qu’il est lui-même mauvais : cela pourrait être la morale du film, bien que ce serait bien réducteur de la richesse contenue par le long métrage… Entre trash et poésie, le film
établit des ruptures de ton extraordinaires, et certaines séquences se révèlent complètement hallucinantes : on pense notamment au séjour dans un camp nudiste ou à cette scène de dévoration d’un
gâteau par le père et le fils, se transformant bientôt en dévoration de la mère défunte, comme pour mieux en faire le deuil… Hors du commun, faisant sauter un bon nombre de tabous, le nouveau
film de Jens Lien demeure tout aussi fascinant formellement que moralement… On espère que la suite de sa filmographie ne se fera plus aussi longtemps attendre !
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