Omar m’a tuer, de Roschdy Zem (France, 2010)
Sortie le 22 juin 2011
Note :
Très éloigné d’un docu-fiction précis et objectif sur l’affaire Omar Raddad, ce jardinier illettré accusé du meurtre sauvage de celle qui l’employait, le film de Roschdy Zem se focalise plutôt
sur le calvaire d’un homme injustement condamné à une peine de prison qui a fini par le briser… Il se veut bien sûr en cela éminemment orienté et partisan, mais sa force se trouve justement là :
il se transforme alors en redoutable réquisitoire contre un système judiciaire défaillant, mais aussi contre l’abjection de l’emballement médiatique ou des méthodes policières douteuses pour «
fabriquer » un coupable de façon expéditive et sans nuance ! Illettré, maghrébin, pauvre et sans défense : Omar Raddad est en effet le « coupable idéal » pour une justice qui ne cherche plus la
vérité, mais seulement un bouc émissaire pour calmer une opinion scandalisée par un crime abject…
« Omar m’a tuer » nous plonge avec une force pathétique et presque romanesque dans le terrible chemin de croix du condamné, contraint à l’enfer de la prison, au milieu des fauves, alors qu’il ne
cesse de clamer son innocence comme la plus faible des brebis… Arraché à sa famille, la folie guette et les gestes malheureux résonnent comme le désespoir même : en prison, Omar entame une grève
de la faim, puis tente de se suicider… A travers plusieurs séquences clés (l’arrestation, le verdict au tribunal…), Roschdy Zem appuie son sujet par un pathos puissant et efficace. On est alors
bouleversé, autant par le traitement de l’histoire que par l’interprétation magistrale de Sami Bouajila : affreusement amaigri et une façon de parler très travaillée, l’acteur réalise ici une
véritable « performance », tout bonnement époustouflante !
Pour tempérer un peu le terrible drame, le film nous donne à voir en parallèle l’enquête d’un écrivain persuadé de l’innocence d’Omar, prêt à publier un ouvrage sur l’affaire pour aider à sa
libération… Interprété par un Denis Podalydès en bonne forme, on s’amuse souvent à le voir étudier les faits avec une décontraction parfois ironique, comme lorsqu’il interroge sournoisement
certains proches des familles impliquées ou qu’il refait incessamment le trajet qu’aurait prétendument fait Omar le jour du meurtre, en costume sur son scooter bleu, afin de prouver que c’était
techniquement impossible dans le temps imparti… Son intérêt pour le présumé « coupable » s’avère d’ailleurs aussi étonnant que touchant, surtout de la part d’un homme issu d’un milieu petit
bourgeois, dont les répliques subtiles et précises contrastent avec les difficultés d’expression de Raddad. On demeure quoi qu’il en soit fasciné par sa capacité à mettre en évidence toutes les
incohérences et les zones d’ombre du dossier… On en vient aussi à s’interroger sur la justice de notre pays : aujourd’hui gracié, Omar Raddad n’en demeure pas moins officiellement « coupable » !
Le refus des juges de rouvrir le dossier pour l’innocenter est troublant, même si l’on comprend bien que si Omar était innocenté, cela voudrait dire que le véritable meurtrier reste encore en
liberté dans la nature… Affreusement gênant aux yeux de la Loi !
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