Lundi 18 avril 2011 1 18 /04 /Avr /2011 14:13

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Nous, princesses de Clèves, de Régis Sauder (France, 2009)

Sortie le 30 mars 2011

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Madame de La Fayette n’a jamais été autant « dans le mouv’ » que depuis que cet illettré de Sarkozy a essayé de la ringardiser pour se faire élire président il y a bientôt cinq ans, en accusant sa « Princesse de Clèves » d’être complètement « has been »… Au cinéma, la réaction d’auteurs engagés s’est joliment illustrée à travers une adaptation moderne de ce premier roman écrit en langue française (« La belle personne » de Christophe Honoré) ou l’évocation pleine de fougue et de vigueur de sa petite cousine « La princesse de Montpensier » signée Bertrand Tavernier. Le but de cette remise au goût du jour était bien évidemment à chaque fois de prouver que ce récit d’amour fou et sage à la fois demeurait atemporel et par là même encore tout à fait d’actualité à notre époque… De leur côté, les profs ont été nombreux à faire plancher leurs élèves sur le fameux texte, juste histoire de faire rager ce président inconscient qui cherche à les éradiquer dans sa folie obscurantiste de rendre le peuple français encore moins cultivé qu’il ne l’est, et du coup encore un peu plus docile et moutonnier… Mais venons-en justement au documentaire de Régis Sauder, qui construit un pont inespéré entre l’éducation de nos enfants et le cinéma, en suivant durant toute une année des élèves d’un lycée « populaire » de Marseille dans leur « appropriation » de « La princesse de Clèves ».

Le réalisateur filme ainsi tous ces jeunes gens en train d’étudier, puis de « jouer » les dialogues du texte de Madame de La Fayette, avec un naturel confondant, qui maintient l’illusion que malgré les siècles et les barrières sociales qui les séparent, les « belles personnes » de la cour du roi Henri II et les lycéens de la France multiethnique et multiculturelle d’aujourd’hui n’ont finalement pas des préoccupations si éloignées… Entre les salles de classes et leurs domiciles, entre la préparation des oraux du bac de français et un voyage scolaire à Paris (au Louvre pour voir les portraits des personnages du roman ou à la Bibliothèques nationale de France pour toucher du doigt l’édition originale du texte), on ne peut être que touché par les témoignages sensibles et émouvants de ces jeunes gens sur la vie, l’amour ou l’avenir… Souvent désabusés ou prisonniers de situations familiales impossibles, ils rêvent de partir, de découvrir cet ailleurs salvateur qui n’existe peut-être pas, mais qui résonne comme une promesse d’espoir… Ils sont beaux tous ces jeunes, malgré leurs physiques ingrats, ravagés par les mutations propres à l’adolescence. Ils demeurent dans leur temps aussi, parfaites incarnations du monde qu’ils subissent en même temps qu’ils le constituent. Mais ils sont surtout multiples, à l’image des divers registres de langage auxquels ils sont confrontés au quotidien : "la langue de « La princesse de Clèves », celle de l'institution scolaire, celle de l'examen du bac français que ces jeunes passeront à la fin de l'année ; la langue de la famille ; et la langue des jeunes, cette langue facebook qu'ils utilisent pour parler entre eux d'amour, de la classe, de leur vie. Tout cela se mêle", explique joliment Régis Sauder.

« Nous, princesses de Clèves » est un film moderne, à l’instar du roman sur lequel il repose. Avec un vrai point de vue, il s’impose comme une réflexion sociale et politique sur la société actuelle, cette France bigarrée et métissée qui se déroule à vitesses multiples selon sa classe ou sa couleur de peau. Il se veut aussi une réflexion sur l’éducation, loin des idées reçues ou des clichés archi rebattus par les schématismes médiatiques. On reste fasciné par exemple par cette peur de l’institution, incarnée par le professeur, que subit une élève complètement déstabilisée lors d’un oral blanc du Bac, alors qu’elle reste capable de se sentir à l’aise et parfaitement naturelle devant la caméra pour incarner le texte de Madame de La Fayette… Comme quoi, il suffit de décaler l’étude d’un texte pas forcément évident de prime abord pour des élèves issus de familles « incultes » (dans le sens de « non cultivées ») dans un cadre parascolaire pour que les comportements changent et que l’éducation puisse avoir lieu sans appréhension ni jugement. A méditer pour les futurs programmes de l’éducation nationale ?

Par Phil Siné - Publié dans : A l'affiche en 2011 - Communauté : LA DERNIERE SEANCE
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