My soul to take, de Wes Craven (Etats-Unis, 2010)
Note :
Juste avant « Scream 4 », Wes Craven avait passé près de trois ans à monter « My soul to take
», sur un scénario qu’il avait lui-même écrit, mais qui fut malheureusement un cuisant échec aux Etats-Unis, le condamnant par là même à ne toujours pas être sorti en France à ce jour, pas même
pour un modeste DTV… Ce qui est en fin de compte une vraie tragédie pour le public français, tant le film est beau et intrigant ! (Enfin, aussi « beau » qu’un film d’horreur puisse l’être, bien
entendu…)
« My soul to take » démarre très fort, avec une scène sacrément violente où l’on assiste à la mort d’un serial killer à personnalités multiples dans la petite ville de Riverton. Ce même soir
naissaient sept enfants, et une légende locale prétend que les différentes personnalités du tueur se sont dispersées parmi ces nouveaux nés… Il se trouve alors que seize ans plus tard, le jour
même de leur anniversaire, les sept jeunes gens se voient se faire mystérieusement assassiner les uns après les autres. Bien sûr, on pourra passer le reste du film à essayer de deviner qui est le
tueur, ce qui finira évidemment par être dévoilé au moment opportun, mais très sincèrement, cette logique d’enquête policière n’est largement pas l’intérêt majeur du film…
Dans « My soul to take », Craven se plait à nous perdre dans un scénario complexe, où défile une multitude de personnages, dont les nombreux liens se mettent progressivement en place au cours de
l’intrigue. Il s’amuse surtout à brouiller les pistes et à nous faire explorer des horizons autant divers que stimulants : personnalités multiples, perturbations psychologiques, phénomène de
possession, vie et mœurs de jeunes lycéens perturbés par les évènements et par leurs hormones… Porté par une mise en scène toujours aussi efficace, le style du cinéaste se fait pourtant plus
contemplatif parfois, et même poétique, osons le dire ! De la richesse des intrigues naissent des scènes tout bonnement saisissantes : un jeune homme coursant une jeune fille en forêt (séquence
en pleine nature, donc !), deux jeunes gens se mimant soudainement (et sans raison apparente) comme s’ils étaient chacun d’un côté et de l’autre d’un miroir… Le personnage le plus intéressant
demeure sans doute celui de « Bug », qui porte sacrément bien son nom tellement il s’agit d’un adolescent perturbé, affublé d’un mystérieux passé qu’il a oublié et suffisamment instable
psychologiquement pour « buguer » au point de se soupçonner lui-même d’être le tueur… Skyzophrénie, quand tu nous tiens !
Malheureusement, il convient d’observer un bémol déroutant à la vision de « My soul to take » : s’il ne mérite largement pas la haine que lui a voué la critique américaine, on peut rester
perplexe devant de nombreuses zones d’ombre et surtout un dénouement pas exempt d’incohérences… Enfin, remarquez que le tout finit par être si flou que tout aurait pu être possible ! Parions que
ces légers couacs résultent cependant de la production désastreuse que le film a du traverser : outre des problèmes de changement de direction à la tête du studio et une diffusion dans les salles
en 3D contre l’avis du cinéaste, Wes Craven a également été sommé de revoir sa copie en retournant des scènes, au motif que le public test n’appréciait pas la dernière partie du film. Du coup, ce
dernier a du complètement changer les perspectives de son histoire, projet forcément éminemment casse-gueule : « A l’origine, explique-t-il dans « Les Cahiers du cinéma » n°666, la surprise était
que chaque membre des « Sept de Riverton » [les sept ados] avait tué une fois, possédé par l’âme de l’éventreur. Personne n’a aimé ça, donc j’ai inventé une autre fin [dans laquelle] un seul
gamin était le meurtrier ». Mais au fond, qu’importe : « My soul to take » s’élève bien au-dessus du tout-venant du cinéma d’horreur contemporain et fait preuve d’une sacrée créativité, celle
d’un auteur toujours aussi culte et mythique du genre !
Mise en perspective :
à éviter
bof bof !
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très bien
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brillant
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