Le vagabond, d’Avishai Sivan (Israël, 2010)
Sortie le 30 mars 2011
Note :
« Le vagabond », c’est Isaac, qui traîne ses douleurs et sa solitude entre ses parents juifs ultra orthodoxes et le milieu médical qui en le soignant pour des calculs lui apprend qu’il est
stérile… Entre les deux, il y a l’instruction religieuse et surtout ses longues errances dans des rues désertes, qui finissent par user ses chaussures…
Apre et radical, le film d’Avishai Sivan est surtout très stylé. La mise en scène très visuelle, se déroulant parfois en de superbes plans séquences contemplatifs parfaitement cadrés, nous
fascine et nous emporte dans le monde sombre et cafardeux de son personnage : des ruelles sombres, une ville crasseuse, dont Isaac explore peu à peu les bas-fonds… Il y a une sécheresse intense
dans « Le vagabond », qui par son économie de mots exhorte la puissance évocatrice et toute cinématographique de l’image ! L’amenuisement des dialogues, le plus souvent réduits à quelques bribes
de mots, et les nombreux moments de silence, accroissent ainsi la solitude du jeune homme, qui se pose alors mille questions, sans jamais que tout cela ne soit trop explicite : pourquoi Dieu
s’acharne-t-il sur lui ? est-ce la faute de son père, qui semble cacher un bien sombre passé ? Sa torture mentale le conduira à un acte horrible et inattendu, révélateur pourtant de sa traversée
du désert et de son incapacité à « engendrer »…
Il y a une forme d’ironie du désespoir dans « Le vagabond ». La critique du religieux, et surtout de ses excès, passe en effet en partie par une forme d’humour tragique : alors qu’Isaac est
anéanti par la douleur liée à ses calculs, son père lui demande s’il peut attendre la fin du shabbat pour se faire soigner, puis l’oblige à revenir à pied depuis l’hôpital après une consultation
qui ne pouvait plus attendre, laissant marcher son fils dans un horrible calvaire… L’épisode des chaussures, aussi, est un moment presque savoureux. Mais l’ironie noire passe surtout par des
excès symboliques presque absurdes : image d’un cafard à côté d’un préservatif usager, scène d’une prostituée qui perd ses lentilles de contact dans son propre vomi et qui demande à Isaac de
l’aider à les retrouver… Dur et noir, mais sacrément bien vu visuellement, ce film s’offre comme une nouvelle pépite terreuse du cinéma israélien : véritable fable sur l’enfermement de l’homme,
rongé par la faute et ses propres pulsions, voici une œuvre atroce, mais véritablement bouleversante !
Mise en perspective :
- Tu n’aimeras point, de Haim Tabakman (Fr.-Israël-All., 2009)
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