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Lundi 23 mai 2011 1 23 /05 /Mai /2011 10:13

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Le nouveau monde, de Terrence Malick (Etats-Unis, 2006)

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En racontant l’histoire de l’établissement du fort de Jamestown en 1607 en Amérique, le « Nouveau monde » que croyaient conquérir les colons anglais, Terrence Malick décrit finalement les fondements même de la construction des Etats-Unis : la tension entre les « pionniers » britanniques et les peuples autochtones déjà en place (ici les Indiens Algonquins), la difficulté de survivre au sein d’une nature toute-puissante (la rudesse de l’hiver, qui mène à la famine et à la dévoration des morts…), la conquête d’un territoire dans la violence et le choc des cultures… etc. Le cinéaste se place pour cela en retrait de toutes les caricatures attendues, en montrant notamment qu’il y a du bon et du mauvais dans les deux camps. Fuyant le manichéisme avec force, il prouve que le bien et le mal peuvent très souvent coexister. C’est le cas chez les anglais, où s’opposent les points de vue sur la façon de traiter les indiens, et c’est le cas chez les indiens, où l’on peut aussi bien s’apprêter à tuer sauvagement un homme qu’apporter de la nourriture à l’ennemi affamé…

Mais l’Histoire ne semble bien souvent pour Malick qu’un prétexte pour montrer au spectateur des choses bien plus universelles, poétiques et mystiques. Il s’intéresse par exemple plus avant aux agissements individuels qu’aux campagnes collectives : le destin de la jeune indienne Pocahontas (inspiré par la légende bien connue) demeure toujours au centre du récit, tout comme son histoire d’amour avec l’officier John Smith après qu’elle l’ait sauvé d’une mort certaine suite à sa capture par sa tribu… Incarné par Colin Farrell et Q'orianka Kilcher, le couple apparaît d’abord d’une incroyable beauté et d’une pureté remarquable ! Il est comme un trait d’union entre deux cultures, un espoir magnifique entre deux civilisations, même si le monde en décidera par la suite tout autrement… Leurs voix off s’entremêlent divinement en arrière plan sonore, et confinent peu à peu vers une transcendance et une philosophie sublime, bercée par le précepte d’une unicité parfaite : « I am one », diront-ils chacun, comme dans une fusion unique, cosmique, l’un avec l’autre, mais peut-être bien plus encore de chacun avec tout ce qui les entoure, particulièrement avec leur environnement naturel…

C’est là qu’intervient une forme de discours panthéiste admirable, propre au pouvoir évocateur infini des images de Terrence Malick ! La photographie, résultat la plupart du temps d’une lumière totalement naturelle, est d’une beauté renversante : le réalisateur filme la nature comme personne, favorisant une contemplation hypnotique, laissant le spectateur comme enveloppé dans cet univers foisonnant qui l’entoure, le berce, le porte, le rassure autant qu’il l’effraie… Chaque plan est traversé par une parcelle de nature, du règne animal ou végétal, de terre, d’eau ou de vent, dans laquelle on est alors prêt à se perdre. La bande sonore est constamment saturée des bruits de l’environnement naturel, qui finissent par former une musique douce et discrète : l’écoulement de l’eau, le frémissement de l’air, le bruissement des insectes… Pour tendre à une forme de perfection visuelle, Malick a eu recours à une pellicule en 65 mm, permettant d’obtenir une qualité de son et d’image à ce jour inégalée ! Ce procédé est cependant jugé non rentable à cause des coûts exponentielles de tirage des copies du film : c’est en cela justement que l’on reconnaît la volonté d’un cinéaste majeur, qui préférera toujours la perfection du geste artistique aux petits arrangements financiers… La vision d’un auteur inconditionnel, pour sûr !

 

Mise en perspective :

- Les moissons du ciel, de Terrence Malick (Etats-Unis, 1979)

- The tree of life, de Terrence Malick (Etats-Unis, 2011)

Par Phil Siné - Publié dans : Films du XXIe siècle - Communauté : Le meilleur du Cinéma
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