La planète des singes : les origines, de Rupert Wyatt (Etats-Unis, 2011)
Sortie le 10 août 2011
Note :
Ne rien attendre d’un film rentre probablement en compte dans la façon que l’on a de l’apprécier. Sur le papier, ce « reboot » de la saga de « La planète des singes » n’a vraiment rien d’excitant
et sent surtout fort le réchauffé : il se révèle pourtant à l’écran un bien sympathique divertissement, plutôt futé, moderne et habile à réactualiser une franchise dont les ressucées n’avaient
jamais vraiment convaincu personne… Ni les suites télévisées plus ou moins fauchées et débiles du premier film, ni même l’adaptation de Tim Burton, aux tendances zoophiles pourtant intéressantes
(mais bien trop timides !), n’avaient pu jusque-là rivaliser avec le chef-d’œuvre original de Franklin J. Schaffner. Ce n’est toujours pas le cas de ces « origines » de « la planète des singes »,
mais la tenue d’ensemble du film demeure suffisamment convaincante pour se décider à tenter l’aventure…
Loin du roman initial de Pierre Boule (tout comme à peu près toutes les adaptations qui en ont été tirées d’ailleurs), le long métrage de Rupert Wyatt se préoccupe comme son titre l’indique de ce
qui vient avant : les « origines » de l’histoire. Le scénario, aux délicieux accents de série B, ne fait pas vraiment preuve d’une grande originalité, mais a le mérite de dépoussiérer la saga
avec vigueur et de tenir surtout un rythme et une progression efficace. L’idée de partir de tests scientifiques qui tournent mal est assez bonne : en faisant des recherches pour soigner la
maladie d’Alzheimer, un scientifique découvre un vaccin capable d’augmenter les capacités mentales… Du coup, les singes qui lui servent de cobbayes deviennent suffisamment futés pour se rebeller
enfin contre toute cette oppression humaine : le meneur de ces primates révolutionnaires sera en outre César, un singe que le gentil scientifique dépassé par les évènements a élevé comme un fils
! (on sent bien les enjeux dramatiques se nouer) L’affrontement entre les races et les espèces est plutôt bien illustré et se noue dans un climax tragique où l’entente se révèle fondamentalement
impossible : la métaphore de la guerre qui germe alors peut correspondre à tous les conflits qui ont vu naître ou mourir des civilisations entières… Chacun se renvoie « bêtement » dos à dos,
jusqu’à ce qu’il ne reste qu’un seul vainqueur. A la fin du film, même le héros et son singe, belle promesse d’une alliance entre les espèces, doivent se séparer dans un beau mouvement
mélodramatique, et l’on comprend que la grande bataille des singes reste à mener, par le biais probable de nouveaux films à venir…
Mais l’intérêt majeur du film reste probablement le trouble qui naît à la vision de ses effets spéciaux. Le réalisateur semble avoir cherché à tout prix le réalisme strict, ce qui confère aux
images une inquiétante étrangeté. A vrai dire, on ne sait plus où commence et finit le plan réel et le plan rajouté en images de synthèse dans ce qui est donné à voir, ce qui pose une vraie
question sur le principe de manipulation visuelle. De même, le procédé de « motion capture » n’est plus ici utilisé pour créer des humains de dessin animé comme chez Robert Zemeckis (« Scrooge ») ou des schtroumpfs bleus démesurés comme chez James
Cameron (« Avatar »), mais il « re »-crée avec un troublant effet de réel des
singes, auquel il insinue pour le coup des confondantes parcelles d’humanité… Les scènes d’action n’en deviennent alors que plus impressionnantes encore ! On comprend alors que l’on peut
absolument tout faire et tout recréer par l’image : tant que cela reste du cinéma, l’éthique est certes sauve, mais la frontière entre fiction et réel pourrait bien très vite se voir franchie,
bien plus tôt que l’on ne pourrait le croire, à supposer que ça ne soit pas déjà fait…
Regardons cependant d’abord « La planète des singes : les origines » pour ce qu’il est avant tout : un plaisant moment de cinéma, mêlant joliment action et émotion… Et même si cette émotion est
souvent accaparée par César, le singe virtuel, James Franco, l’acteur réel, n’en demeure pas moins beau, ce qui ne gâche vraiment rien…
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