La piel que habito, de Pedro Almodovar (Espagne, 2011)
Sortie le 17 août 2011
Note :
Avec « La piel que habito », Almodovar s’essaie au cinéma de genre, quelque part entre le thriller fantastique et la science-fiction (le « présent » du film se déroule en 2012), pour mieux en
détourner les codes et les faire exploser. Au confluant de plusieurs inspirations, le film se veut tour à tour une adaptation de roman (« Mygale » du français Thierry Jonquet), une référence à un
film (« Les yeux sans visage » de Georges Franju), ainsi qu’une série d’hommages au cinéma d’Hitchcock ou encore de Bunuel… Tout cela plaqué à l’hystérie habituelle du cinéma du cinéaste espagnol
donne alors un drôle de sentiment de « trop plein », qui ajoute sans cesse de la confusion à la profusion…
Du coup, ce que le film gagne en richesses, en citations ou en ramifications, il le perd souvent en lisibilité… Si le goût d’Almodovar à raconter des histoires ahurissantes est toujours bien là
et témoigne d’un talent certain (notamment par le biais d’une narration alambiquée et d’une construction temporelle complexe), la structure tourne ici un peu en rond et on finit par s’y perdre ou
s’y ennuyer par manque de véritable intérêt. Le tout finit un peu par ressembler à l’intrigue d’une telenovela mexicaine, filmé sur du velours et en nettement plus sulfureux cela va de soi ! Mais
le problème majeur de cette histoire de docteur Frankenstein moderne, qui a réussi une greffe intégrale d’une nouvelle peau révolutionnaire, c’est peut-être aussi sa mise en scène par trop «
clinique » et glaçante, qui participe certes à la noirceur vénéneuse de l’atmosphère d’ensemble, mais qui retire surtout aux personnages – et par la même occasion au film tout entier – toute
émotion, laissant pour le coup le spectateur dans un état d’indifférence naissante…
Néanmoins, pour peu que l’on passe sur cette ambiance mortifère, on retrouvera avec fascination les thèmes favoris du cinéaste, qu’il creuse avec passion et conviction de film en film… On restera
par exemple subjugué ici par cet étonnant personnage, beau garçon à qui l’on impose peu à peu de devenir femme. Cette façon d’imposer un corps qui n’est pas le sien à quelqu’un, et de lui faire
franchir par-là même les frontières de genre, se révèle une fable curieuse : sans doute pas suffisamment aboutie, mais dont le potentiel nous incite à nous interroger sérieusement sur notre
rapport au corps et à ses interactions possibles avec d’autres corps… Le trouble est bien prégnant, il suffisait peut-être d’un souffle un peu plus chaleureux pour le mettre en mouvement !
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