La guerre est déclarée, de Valérie Donzelli (France, 2011)
Sortie nationale le 31 août 2011
Note :
Prix du Jury, Prix des blogueurs et du web, Prix du public au Festival Paris cinéma 2011
Avec le sujet de ce second film (après la ludique et électrique « Reine des pommes »), qui touche d’ailleurs à l’intimité du couple qu’elle forme avec Jérémie Elkaïm, Valérie Donzelli avait quand même de quoi complètement plomber l’ambiance. Elle y évoque la longue traversée de l’enfer d’un jeune couple confronté à la tumeur au cerveau de leur enfant : un combat de longue haleine, qui s’étale sur des années, d’hôpitaux en fins de mois difficiles, de crises de larmes en coups de colères… Pourtant, la réalisatrice parvient à insuffler une telle pulsion de vie à son film que la morbidité de son thème en est comme évacuée, voire annihilée. C’est beau et touchant, et bien plus que cela encore…
L’étonnement jubilatoire de sortir de ce film le sourire aux lèvres et le cœur empli de joie vient principalement de sa forme, à la fois dynamique et inventive… La mise en scène est constamment sur le fil, dans la recherche permanente d’un renouveau et crée ainsi la surprise à la surface de chaque plan. Il y a une liberté éminemment « nouvelle vague » dans le geste de Donzelli, mais il y a aussi une fraicheur et une sincérité qui le porte bien au-delà du seul principe de citation ou d’imitation. Il y a à la fois de l’audace et une réelle volonté de divertir et de rassembler… A l’aide d’une caméra légère et libre, la cinéaste montre qu’elle n’a pas froid aux yeux et « ose » tout : scènes vibrantes et mélodramatiques (tous les personnages s’effondre littéralement sur une musique lyrique puissante à l’annonce de la tragique nouvelle), séquences burlesques (le couple d’amoureux se baladant dans Paris, les personnages repeignant énergiquement un appartement…), intermèdes chantés, multiplications de petites trouvailles formelles… « La guerre est déclarée » enchaîne ses effets sans temps morts, semble courir en permanence après la vie et donne raison à sa réalisatrice qui avoue avoir voulu « faire un film d’action ». Tout n’est certes pas toujours réussi, mais certaines maladresses se révèlent justement parfois la force même du film, qui devient, par ces petites touches d’intention inabouties mais spontanées, bien plus attachant encore !
Mais outre l’envolée de sa forme, le film émeut par la force de son sujet, éminemment poignant, d’autant qu’il s’inspire de l’histoire véritable de ses auteurs / acteurs principaux, qui n’hésitent d’ailleurs pas à le dédier à leur fils « survivant », que l’on voit apparaître dans les derniers plans, vision idéalisée d’une famille enfin réunie, puisqu’après la peine le bonheur ne peut être que plus fort encore… On ne peut alors qu’admirer l’incarnation parfaite et émouvante des personnages par ce duo presque rêvé, complice en toute circonstance : Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm. Leurs petits gestes, leurs expressions, leurs réactions : tout sonne juste et vrai… L’humanité recouvre tout dans ce long métrage où les êtres s’évertuent toujours à transformer la pire des galères en force vitale ! C’est à la fois simple et fou, mais ça fonctionne extraordinairement bien… « La guerre est déclarée », oui, le combat est long et douloureux, c’est vrai, mais la puissance de cœur remporte tout… C’est parfois beau et pur comme dans un conte ou dans une histoire d’amour fou : les prénoms des personnages (Roméo et Juliette pour le couple d’amoureux, Adam pour l’enfant) sont suffisamment symboliques pour nous laisser prendre ce chemin-là… Jérémie Elkaïm le confirme lui-même : « On adore que le film trimballe un idéal. On l’a fait les doigts dans la prise, juste à l’énergie, avec l’idée de transmettre une pulsion de vie très forte. » Voilà bien de la belle ouvrage : du cinéma populaire, sincère et intelligent, qui devrait mettre tout le monde d’accord !
Mise en perspective :
- La reine des pommes, de Valérie Donzelli (France, 2010)
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