La dernière piste, de Kelly Reichardt (Etats-Unis, 2010)
Sortie le 22 juin 2011
Note :
Après « Old Joy » et « Wendy et Lucy », la cinéaste Kelly Reichardt continue de composer un univers assez fin et personnel, quelque part entre réalisme quotidien et poésie contemplative… En
s’attaquant au western à travers « La dernière piste », elle explose littéralement les conventions du genre tout en s’appuyant pourtant sur ses oripeaux. Tout est effectivement là : les grandes
étendues vierges et sauvages de l’Ouest américain, les chariots en bois typiques avec leurs grandes bâches blanches, les hommes armés comme des cow-boys ou encore les femmes aux chapeaux
consciencieusement attachés sous le menton… Et pourtant le traitement est tout autre : tout est lent et l’enjeu narratif est mince (trois familles de pionniers égarées en plein désert cherchent
leur route et de l’eau par la même occasion). La réalisatrice s’attache à filmer de façon presque documentaire la vie au jour le jour de ces gens, jusqu’au moindre petit détail : la préparation
d’un repas, une chaussure que l’on recoud, la réparation d’une roue, les gestes que l’on fait quotidiennement et machinalement… Elle insiste également sur ce que le western dissimule en principe
derrière des ellipses que l’on accepte généralement comme des conventions : la préparation laborieuse d’un fusil avant de pouvoir tirer une seule balle, notamment… C’est justement parce que l’on
n’est plus ici dans le western classique, mais bel et bien dans son pendant démythifié et largement humanisé. Le refus du cinémascope pour un format d’image presque carré est en cela un choix
éminemment pertinent, rompant avec l’imaginaire grandiose de l’Ouest et emprisonnant les personnages dans un cadre écrasant ! Les hommes ne sont plus ici en train de partir à la glorieuse «
conquête de l’Ouest », mais se retrouvent plutôt peu à peu étouffés par une nature hostile, qu’ils ne parviennent pas à dominer et qui risquent de les laisser mourir…
Cette petite troupe de personnages que nous propose le film, à laquelle s’adjoindra bientôt un Indien fait prisonnier par le groupe, se révèle progressivement le réceptacle de passionnants
échanges, virant très souvent au sous-texte philosophique… Il existe notamment une représentation exemplaire de l’altérité, d’abord entre les hommes et les femmes du groupe (avec notamment
quelques réactions discrètement féministes dans un ordre conventionnel et préétabli, où les hommes tirent et décident pendant que les femmes suivent et s’occupent des tâches domestiques), puis
entre le groupe et l’indien, ce parfait étranger qui ne parle pas la même langue et avec qui l’échange s’avère bien difficile… La description des échanges est toujours très fine et très subtile,
revendique une forme de tolérance nécessaire et prend souvent une intensité remarquable : on retient notamment cette scène monumentale où le personnage de Michelle Williams (encore une fois
parfaite et également à l’affiche actuellement de l’assez joli « Blue Valentine ») prend son fusil pour viser le « boulet » du groupe (un trappeur qui les a mis sur la mauvaise piste), qui menace
de tuer l’Indien… Finalement, la « piste » de l’Indien sera payante (enfin, peut-être, tant le film se finit curieusement et dans l’incertitude), conduisant les pionniers vers un « arbre de vie
», promesse d’eau et probablement d’une terre cultivable et « promise » !
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