La ballade de l’impossible : Norwegian Wood, de Tran Anh Hung (Japon, 2010)
Sortie le 4 mai 2011
Note :
Adapté d’un roman de l’écrivain japonais Haruki Murakami, « La ballade de l’impossible » est un film subtil et sensible, dont le sous-titre, « Norwegian Wood », est celui d’une chanson des
Beatles, que l’on entend à plusieurs reprises tout au long de l’histoire, et qui agit comme un vecteur de souvenirs et de sensations… Tout n’est qu’appel aux sens, d’ailleurs, dans ce long
métrage plastiquement magnifique, souvent contemplatif, baigné par une nature enveloppante, et construit comme une douce musique, aux sons et tonalités graves et poétiques…
Après le suicide du jeune Kizuki, son meilleur ami (Watanabe) et sa petite amie (Naoko) vont se retrouver, se soutenir, s’aimer un instant, puis se séparer… et se retrouver pour mieux s’éloigner
encore… La valse des sentiments, le mal être de la jeunesse japonaise, est rendu palpable par la caméra de Tran Anh Hung, avec une langueur et une beauté à tomber. La grâce pointe au détour de
nombreux plans, la souffrance recouvre lentement la fragilité des âmes… La tristesse des personnages, leur mélancolie, inonde chaque séquence, et la sensualité des corps, éclatante et fiévreuse,
nous plonge dans une moiteur fascinante…
Un instant, on pense à une version nippone des « Amants réguliers » de Philippe Garrel, notamment lorsque Watanabe traverse un rassemblement d’étudiants en révolte contre les institutions de la
fin des années 60… Sauf que les personnages ici sont tellement dépassés par leurs sentiments qu’ils ne parviennent qu’à se préoccuper d’eux-mêmes, en proie à leurs doutes et à leurs regrets, à
leur angoisse de la mort qui a déjà pris leur ami, si tôt… Les personnages n’ont pas vingt ans qu’ils ont déjà l’air de penser que tout est fini et qu’il est trop tard. Sensation de vide et de
détresse existentielle que le cinéaste explique superbement : "Soudain, par surprise, on s’aperçoit trop tard qu’on n’a pas suffisamment vécu, suffisamment aimé, suffisamment souffert par amour.
Trop tard. On n’aura vécu qu’une infime partie des aspirations de la jeunesse, cette époque des grandes affirmations, des certitudes proclamées les larmes aux yeux. Le temps du saut dans
l’inconnu qu’est le sentiment amoureux est passé. Passées également, les grandes frayeurs éprouvées dans l’amour. Et une poignante mélancolie vous saisit, une mélancolie de l’existence telle que
même un sentiment amoureux renouvelé ne pourrait qu’en accentuer l’intensité. Voilà ce qu’il y a de saisissant dans « La ballade de l'impossible »."
Mais dans ce film à la fois bel objet plastique et fable bouleversante de la jeunesse, on demeure également fasciné par un ton inhabituel et pourtant incroyablement juste. Les personnages parlent
en effet souvent avec une crudité peu commune de leurs sentiments ou de leur sexualité, et pourtant le film garde cette intensité poétique d’un bout à l’autre de la pellicule ! On a beau entendre
parler frontalement de masturbation ou de sécheresse vaginale, l’émotion nous transperce… Les personnages sont d’ailleurs toujours filmés dans leur animalité la plus brut, comme s’ils n’étaient
que désirs et ressentis : ils sont toujours à l’affût d’une odeur ou d’une caresse, et ils nous apparaissent littéralement comme des êtres éminemment sensuels… Même le réalisme est ainsi rendu
ici admirable !
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