L’aigle de la neuvième légion, de Kevin Macdonald (Grande-Bretagne, 2011)
Sortie le 4 mai 2011
Note :
Marcus + Esca = Amour pour toujours !
Contrairement à ce que l’on pourrait croire « L’aigle de la neuvième légion » nous plonge avant tout dans une formidable histoire d’amour entre garçons ! Oubliez bien vite les allures de
péplum à la sauce western de l’ensemble… Mettez aussi de côté cette vague intrigue de centurion romain (Marcus) qui, pour sauver l’honneur de sa famille et réhabiliter la mémoire de son père,
s’en va au-delà des frontières du monde connu (en gros parmi les peuples encore insoumis à l’Empire), accompagné de son seul esclave (Esca), pour récupérer l’aigle porté par son père et son armée
avant de disparaître mystérieusement : il ne s’agit finalement là que d’une histoire « prétexte » à une grandiose odyssée sentimentale entre le centurion et son esclave, qui finiront par
comprendre la profondeur de l’amour qui les unit…
Si l’on se concentre ainsi sur la relation entre les deux garçons, on se rend compte qu’elle est au cœur même du récit ! Les scènes d’action laissent largement la place à des moments plus
sensibles, qui sont autant d’occasions sublimées de livrer aux spectateurs quelques séquences crypto-gay des plus sensuelles : Esca panse une blessure à la jambe de son « maître », les deux
hommes se retrouvent à monter le même cheval lorsque l’une de leurs montures rend l’âme (qui passe devant et qui passe derrière ? je vous laisserai bien sûr le délice de la découverte…),
l’esclave propose ensuite de partager son repas rudimentaire avec Marcus, en lui tendant un rat dépecé à dévorer tout cru… Miam ! Même lorsqu’ils se battent, suite à une dispute (chose qui arrive
parfois, dans les couples !), ils ont plutôt l’air de se faire de gros câlins virils ! L’immensité des décors naturels qu’ils traversent tous les deux sert également leur histoire d’amour : la
représentation de la nature s’approche d’un panthéisme contemplatif, scellant leur union dans une éternité universelle…
Et s’ils ne s’entretuent pas l’un l’autre, ce n’est pas tant une question d’honneur (comme on l’entend souvent dans les dialogues) que de confiance, puis d’amour véritable entre les deux hommes !
L’un est romain, symbole de la civilisation, l’autre appartient au monde sauvage : tout semble les opposer, et pourtant leur union fonctionne à merveille, fondée sur un merveilleux pacte initial.
Sauvé des jeux de l’arène par Marcus, Esca sera alors son esclave et lui jurera fidélité… en lui offrant sa dague, symbole fort et phallique de sa virilité ! Le jeune homme s’abandonne
entièrement à l’autre, comme lorsque l’on tombe en amour… Cet amour, on le ressent au premier regard que porte Marcus sur Esca, assistant à sa mort programmée dans l’arène : touché par la grâce
(et un peu la dignité aussi) de l’esclave, il fera demander sa grâce, justement… L’homo-érotisme irriguera tout le film à partir de là : jeux de regards entre les deux héros, intensité sexuelle
des dialogues, fièvre et sensualité des gestes et des corps… Sans compter que les petites tuniques qu’ils portent, prompt à exalter leurs formes musclées et saillantes, appartient plus que jamais
au registre et à l’imagerie gay !
Un regard français sur le film en rajoute encore une louche lorsque les deux « amis / amants » sont confrontés au peuple « Seal », c’est à dire au peuple « phoque », mené par Tahar Rahim,
travesti en horrible schtroumpf : ne dit-on pas en effet « pédé comme un phoque » ? (Bon, c’est vrai, l’expression se rapporte plutôt au Foc d’un bateau à voiles, mais on s’en fout !) Les deux
acteurs principaux, quant à eux, sont absolument magnifiques plastiquement : Channing Tatum et Jamie Bell ressemblent à de véritables dieux grecs ! La « westernisation » du péplum passe
d’ailleurs aussi par les allures de cowboys des personnages, traversant des terres immenses à dos de cheval, et faisant ressembler « L’aigle de la neuvième légion » à un « Brokeback Mountain »
façon romantique Rome antique… On reste à la fois hilare et touché devant cette séquence finale où on les voit tous les deux marcher à
l’unisson pour rapporter l’aigle à Rome, sourires lubriques aux lèvres et presque main dans la main : « Et maintenant ? » demande Esca enfin libre, « A toi de décider ! » s’exclame Marcus,
sentant bien là le début d’une vraie relation de couple à tendance spartiate (grands connaisseurs des relations pédérastiques)… Et peu importe au fond que le cinéaste confonde alors les romains
avec les grecs (réputés pour leurs mœurs singulières), on prend un vrai plaisir à suivre cette histoire d’amitié virile entre garçons sensibles…
Mise en perspective :
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