J. Edgar, de Clint Eastwood
(Etats-Unis, 2011)
Sortie le 11 janvier 2012
Note :
L’utilisation du prénom d’un personnage historique en guise de titre à son « biopic » n’a bien évidemment rien d’innocent : même s’il retrace une large partie de la vie publique de Hoover à
travers l’histoire des Etats-Unis, en particulier dans son acharnement à transformer le FBI en agence fédérale incontournable pour son pays, le film de Clint Eastwood semble pourtant surtout
insister sur l’intimité du personnage, sa part d’ombre et ses secrets les mieux gardés, qui d’habitude ne sont guère mentionnés dans les livres d’Histoire… Il est amusant de voir ainsi décrit «
J. Edgar » comme un fouineur acharné pour déterrer les secrets des grands noms du siècle qu’il traverse (et de les consigner dans des « dossiers secrets »), alors même qu’il cache au fond de lui
une homosexualité latente, élément peu glorieux en ce temps-là qui aurait pu ruiner sa vie et sa carrière si quelqu’un en avait eu connaissance…
En le présentant presque comme un enfant extrêmement lié à sa mère (bonjour la psychanalyse primaire, notamment quand Hoover enfile la robe de maman après le décès de celle-ci…), Eastwood prend
le risque de rendre émouvant et sensible un homme qui a pourtant œuvré à brider l’opinion publique (sa lutte acharnée contre le communisme) et à durcir la sécurité de sa nation avec des lois en
partie liberticide… En humanisant ainsi un véritable monstre politique, le cinéaste joue la carte de la manipulation idéologique envers son spectateur ! Mais il fait ça avec un tel talent et une
telle virtuosité que l’on se laisse berner avec plaisir, car après tout cela reste du cinéma... Le film traverse notamment l’Histoire en multipliant les allers-retours temporels avec une maestria
qui ne nous laisse aucun répit, et l’on se laisse prendre alors dans une intrigue romancée et romantique qui dresse le portrait d’un homme qui comprendra au final que rien ne compte plus que
l’amour en ce monde, bien plus que celui d’une figure majeure de l’Amérique !
Les traits – tantôt juvéniles, tantôt vieillis par des prothèses un peu gadget – de Leonardo DiCaprio, plus talentueux que jamais, capable de faire oublier le masque pour sauver une
interprétation excellente de bout en bout, nous aide à aimer cet homme, dont la fidélité en amitié ou en amour (la même secrétaire et le même amant / bras droit toute une vie durant) rend tout
bonnement son destin admirable et enviable ! La mégalomanie grandissante et la fâcheuse tendance à déformer la vérité du personnage pour toujours se donner le beau rôle finissent au fond par
faire illusion et par rendre la manipulation imposée par Clint Eastwood acceptable : le cinéaste et le personnage ne font alors plus qu’un, tous deux imposant une même constance, qu’il s’agisse
d’ailleurs d’amour ou de cinéma…
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