Infiltration, de Dover Kosashvili (Israël, 2011)
Sortie le 25 mai 2011
Note :
« Infiltration » s’impose très vite comme un film assez particulier et inhabituel, poussé par une forme d’étrangeté rendue absolument passionnante… Cette « curiosité » émane peut-être de la
description presque paradoxale qu’offre à voir le film de l’univers militaire : on a effectivement l’impression d’un « patchwork » du film de guerre, prenant des chemins parfois parfaitement
opposés. Le résultat se situerait du coup quelque part entre « Full metal jacket » et « La septième compagnie »… autant dire que le panel est large !
En s’intéressant au quotidien d’une section de soldats israéliens que l’on prépare à la guerre, « Infiltration » s’attache ainsi à des moments de drame ou de tragédie, tout autant qu’à des
moments plus légers et ludiques, atteignant parfois même le registre du comique troupier, tant on a l’impression que ces pauvres recrues forment la plus incroyable équipe de bras cassés ! Ces
jeunes hommes ont d’ailleurs tous des déficiences physiques ou mentales et restent destinés à des postes bureaucratiques plutôt qu’au combat…
Dans cette suite de « sketchs » entre l’humour et le drame, on s’attache progressivement à des personnages avant tout humains : chacun avec leurs caractères, ils apprennent à faire les uns avec
les autres, à vivre ensembles dans une atmosphère de promiscuité moite et virile… Passe alors de nombreuses émotions devant la caméra : on peut avoir envie de rire ou de pleurer, on peut être
choqué ou ému par un geste, parfois, qui marque une tendresse discrète… Car outre la présence d’un personnage quasiment ouvertement homosexuel (représentation audacieuse, sans doute, dans l’armée
israélienne de 1956), il y a dans les relations de tous ces garçons, et peut-être plus encore dans la façon de les mettre en scène, une forme d’homo-érotisme assez troublant ! Le cinéaste Dover
Kosashvili n’a pas froid aux yeux en affirmant que l’homosexualité est un "élément inhérent à la vie militaire", conséquence de cette "proximité physique entre jeunes hommes qui cohabitent dans
un espace géographique délimité." Ca laisse rêveur…
Mais au-delà de l’exaltation des corps et des émotions de beaux garçons coincés dans le même dortoir, « Infiltration » rappelle aussi la cruauté et l’absurdité de la guerre. Bien que précisément
daté et situé, le film tend pourtant magnifiquement à l’universel en présentant au détour de nombreuses séquences la violence du microcosme militaire… Derrière des airs parfois absurdes ou
badins, les relations de ces soldats se révèlent finalement chargées d’un poids qui s’avèrera étouffant, comme la fin brutale et électrochoc nous le rappelle atrocement et tristement ! D’ici cet
acte ultime et irréparable, on aura assisté presque trop sereinement à la douce montée des folles fureurs humaines : excès de testostérone, démonstrations de virilité, plaisir de l’humiliation,
jeux de guerre aussi vains qu’idiots, principes d’obéissance aveugle… Toute la bêtise du militarisme et de la guerre, en somme, et bien plus largement de l’animalité tapie en chaque homme ! «
Infiltration » s’impose ainsi l’air de rien comme un brillant pamphlet…
Mise en perspective :
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