Impardonnables, d’André Téchiné (France, 2011)
Sortie le 17 août 2011
Note :
Adaptation du roman de Philippe Djian, « Impardonnables » est avant tout un film de commande, et n’est malheureusement guère plus que cela… L’intrigue s’y met certes en place avec une certaine
saveur, notamment grâce à ses deux acteurs principaux (André Dussollier et Carole Bouquet) qui forment un duo parfaitement raccord, ainsi qu’au talent de conteur d’André Téchiné, qui a un art
fabuleux pour faire avancer son récit vite et bien, par le biais d’ellipses ou de mouvements de caméra adéquats… La première rencontre entre les deux personnages demeure ainsi une petite
merveille : elle, agent immobilier, l’emmène visiter une villa isolée sur une île, et lui, tombant amoureux par surprise, lui propose de but en blanc de s’installer ensemble, alors même qu’ils
viennent de se rencontrer… et le plus beau, c’est qu’on y croit sans broncher : là réside justement toute la grâce du cinéma de Téchiné !
Ensuite, les personnages secondaires apparaissent, le temps passe, les destins se croisent et les intrigues se resserrent les unes sur les autres… Bien sûr, il y a constamment un beau souffle
romanesque, une puissance et une aisance à filmer le monde en marche que l’on retrouve dans bien peu de cinéma… Mais contrairement aux dernières merveilles que nous avait proposées le réalisateur
(« Les Témoins » ou « La fille du RER » par exemple), où l’on sentait déjà cette
volonté de précipiter les êtres et les évènements, le fil de l’intrigue nous paraît souvent ici un peu vain et creux… Est-ce dû à l’absence d’enjeux sociaux ou politiques, qui permettaient aux
films précités d’entremêler avec maestria la petite et la grande histoire dans un tourbillon narratif sublime ? Toujours est-il que l’on a bien du mal parfois à se passionner aux chassés-croisés
un brin forcés de tous ces « Impardonnables »…
Il faut dire aussi que les pistes de lectures se multiplient, partent ici et là, et qu’elles ont bien du mal à se retrouver… et surtout à intriguer le spectateur ! Quid par exemple de cette fille
qui disparaît soudainement, sans que les explications qui la ramènent ensuite ne satisfassent tout à fait ? Quid aussi de cette parenthèse où un jeune personnage doit subir les foudres d’une
milice d’homosexuels après avoir lui-même commis un acte homophobe ? Certes, cette sous-intrigue permet à Téchiné de développer ses thèmes de prédilection ou de justifier le titre de son film («
Atteindre à l’intégrité des corps des gens, c’est impardonnable ! »), mais le tout semble bien trop artificiel pour véritablement convaincre… Soyons honnête cependant, le film se révèle
parfaitement regardable et son déroulé fluide et mouvementé est un réel plaisir, spécialement lorsqu’il nous laisse en compagnie du couple à l’origine du récit. C’est simplement le nom apposé à
sa réalisation qui nous fait un peu rager de ne pas avoir eu droit à mieux qu’un simple petit plaisir… Mais on pardonnera aisément ces « Impardonnables » à Téchiné, comme une petite faiblesse
dans une œuvre déjà grandiose et que l’on espère voir reprendre de sa superbe dès le prochain opus !
Mise en perspective :
à éviter
bof bof !
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