Carré blanc, de Jean-Baptiste Leonetti (France, 2010)
Sortie nationale le 7 septembre 2011
Note :
Un « THX 1138 » à la française, vous en rêviez ? Eh bien quarante ans après, Jean-Baptiste Leonetti l’a fait ! Ca n’a peut-être l’air de rien à vos yeux, difficile aussi de savoir si l’avenir de
Leonetti sera aussi glorieux que celui de George Lucas, n’empêche que dans la frilosité ambiante du cinéma de genre produit en France, « Carré Blanc » fait un sacré effet !
On notera d’abord une ambiance glaciale hyper bien travaillée, léchée à ne plus avoir de salive ! Le rendu terne et glauque de la photographie et la mise en scène languide et quasi géométrique
sont les atouts non négligeables de l’atmosphère qui se dégage de ce premier film choc… Illustration d’un monde totalement déshumanisé, où tout espoir disparaît progressivement, emporté par des
vagues de suicides, et où la violence inouïe du quotidien semble être intégrée et acceptée de tous, parfois même considérée comme un jeu, avec des gagnants et des perdants… Ceux qui ne jouent pas
le jeu, en attentant à leurs jours par exemple, seront « reconditionnés » pour peu qu’ils survivent : jusqu’à ne plus éprouver d’émotion et obéir à un arrière plan social terrifiant… « 1984 »,
nous voilà ! Et c’est d’autant plus troublant que derrière les artifices esthétiques et architecturaux sombres et droits, d’où rien ne dépasse, c’est en fin de compte une illustration « excessive
» de notre monde que le cinéaste nous donne à voir : une « hyper-réalité » qui pourrait bien être notre avenir, si elle n’est pas déjà notre présent…
Les acteurs principaux sont nickels pour incarner une dernière lueur d’espoir dans ce monde de fantômes : l’amour qui lie les personnages de Sami Bouajila et Julie Gayet sera-t-il plus fort que
le système qui broie les individus pour en faire des robots sans âme et sans conscience ? Système tyrannique d’ailleurs parfaitement montré par l’image que donne Leonetti du monde de l’entreprise
: Philippe (Sami Bouajila) est chargé de recruter du personnel pour son entreprise et fait passer toute une série de tests absurdes aux futurs employés – des tests cliniques et violents, souvent
humiliants, qui rappellent ceux de certaines entreprises contemporaines… Terrifiant par l’image, « Carré blanc » l’est tout autant dans la juxtaposition que l’on peut faire du monde qu’il décrit
avec le nôtre. Un premier essai marquant et encourageant !
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