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28 février 2012 2 28 /02 /février /2012 15:13

bullhead.jpg(Belgique, 2011)

Sortie le 22 février 2012

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Premier long métrage d’un illustre inconnu d’origine belge (ce pays n’en finit décidément plus de nous révéler ses talents cachés depuis quelques temps, avec des noms comme Felix Van Groeningen pour « La merditude des choses », Hans Van Nuffel pour « Oxygène », Bouli Lanners pour ses « Géants » ou encore Geoffrey Enthoven pour « Hasta la vista »), « Bullhead » impressionne par son incroyable maîtrise formelle et par l’atmosphère originale qu’il parvient d’emblée à imposer… Il faut dire que Michael R. Roskam sait se démarquer à travers un sujet plutôt inattendu : celui d’un polar en milieu rural belge, au beau milieu de rivalités entre des familles impliquées dans la « mafia des hormones bovines ».

Mais passé la surprise de l’univers exploité par le scénario, on se rend très vite compte que « Bullhead » recèle bien d’autres richesses ! Entre une ambiance bien glauque et des pointes d’humour décalées typiquement flamandes (la réplique du « trou de balle » dans la voiture pourrait bien devenir culte !), le film se révèle progressivement comme une œuvre imposante et tentaculaire, qui commence comme une enquête policière bien noire et bien tordue pour se finir en drame humain bouleversant… La façon dont l’histoire avance peut d’ailleurs commencer par déstabiliser, tant il est d’abord difficile d’appréhender et d’identifier les différents personnages et les rapports qu’ils entretiennent entre eux. Lorsqu’un horrible drame du passé est ensuite évoqué par des flash-back somptueusement amenés, le doute est d’abord maintenu sur la correspondance entre les enfants du passé et les adultes d’aujourd’hui, jusqu’à ce que tout se mette en place doucement et se « révèle » en même temps que se révèle la force et le génie du long métrage ! Il y a une perversité enragée de la part du réalisateur de nous balancer les choses en pleine tronche au moment le plus opportun…

Si la mise en scène brille par sa noirceur, elle revêt souvent aussi ce côté instinctif et animal, qui la rend à la fois abrupte et imprévisible… Les transitions entre les scènes, entre les lieux, voire même entre les temporalités, se font dans un glissement à la fois sensible et basé sur l’émotionnel pur… Le film cherche à nous faire ressentir ces pulsions animales qui l’innervent de bout en bout. Et si la part bestiale, primitive, se retrouve à peu près dans chaque personnage, c’est dans la « tête de bœuf » du rôle titre qu’elle s’avèrera la plus intensément retranscrite ! L’acteur Matthias Schoenaerts est une vraie révélation dans le rôle de Jacky, atteint dans sa virilité même lors d’un drame atroce survenu dans son enfance : pour « rester » un homme, il s’est depuis « gonflé » à mort en devenant accroc aux anabolisants… Le déroulé du film, en faisant resurgir soudainement son passé en pleine face, le plonge dans une spirale infernale de laquelle il risque de ne plus pouvoir réchapper : l’étau se resserre autour de lui, dans une nuit de plus en plus étouffante, et la performance de l’acteur est tout simplement monumentale, dans le minimalisme même de son jeu de brute épaisse cachant à l’intérieur un petit garçon frustré… Il avouera lui-même penser comme ses vaches, qui sont finalement les êtres vivants auprès desquelles il a toujours été le plus proche. Et lorsqu’il comprend que la femme qu’il aime depuis l’enfance et qui le traite d’ailleurs elle aussi d’animal a peur de lui, il comprend probablement qu’il n’y a plus d’issue, sinon celle de laisser libre court à ses instincts… « Bullhead » se termine alors dans une brutalité inouïe aux accents de tragédie, notamment à travers cette séquence d’ascenseur réalisée avec une puissance jouissive, dont l’aisance aérienne et opératique n’est pas sans rappeler une autre scène culte dans un ascenseur, composé par un autre virtuose de la mise en scène : Nicolas Winding Refn dans « Drive », film auquel on ne peut s’empêcher de penser devant certaines fulgurances visuelles de ce Michael R. Roskam au talent immensément prometteur !

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Published by Phil Siné - dans A l'affiche en 2012
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commentaires

selenie 01/03/2012


Un très bon film, original et puissant. Un vrai film noir qui n'oublie pas l'émotion. 3/4

Foxart 04/03/2012


A nouveau 100% d'accord avec Sélénie, ça devient une habitude ;)

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