Avant l’aube, de Raphaël Jacoulot (France, 2010)
Sortie le 2 mars 2011
Note :
Dans une ambiance plutôt mystérieuse et cotonneuse, Raphaël Jacoulot livre avec « Avant l’aube » un polar vraiment intrigant, qui avance doucement, par petites touches successives, dans un
univers calme et inquiétant… Le patron d’un hôtel isolé à la montagne (très belle ambiance « Shining », avec les routes sinueuses et enneigées…) engage un jeune homme en réinsertion comme
veilleur de nuit, après un séjour en prison. Un client de l’hôtel disparaît, la police mène l’enquête et le patron et son fils semblent mystérieusement impliqués dans cette sombre affaire…
Persuadé que son apprenti en sait plus qu’il ne le prétend sur sa culpabilité, le directeur de l’hôtel le promeut très vite au sein de son établissement et se montre curieusement bienveillant à
son égard…
La mise en scène, passionnante, prend très vite des partis pris radicaux : la scène de crime est évacuée hors champ, ce qui la rend plus énigmatique encore, et les personnages demeurent souvent
insaisissables, jouant la plupart du temps sur plusieurs plans. Le personnage le plus intéressant reste sans doute celui du jeune homme, interprété à la perfection par Vincent Rottiers
(incroyable révélation de « Je suis heureux que ma mère soit vivante » des Miller père et fils), d’un naturel taiseux et discret, et pourtant toujours là dans un coin, en retrait, à observer et à
s’immiscer lentement… Le doute est maintenu sur son caractère : est-il malin et calculateur ou tout simplement très naïf ? Difficile à dire. Il prend surtout des airs de grand mystère, et son
passé, apparemment chargé mais laissé dans l’ombre, le rend plus fascinant et ambigu encore. Le duo qu’il forme avec le patron, joué par un Jean-Pierre Bacri plutôt solide, évolue dans un
flottement subtil et complexe, rendant leurs rapports presque paradoxaux… Ils entretiennent une relation proche de celle entre un père et son fils, sauf que leurs jeux seraient à double tranchant
: le fils tait le crime du père en échange d’une situation professionnelle, le père fait mine de prendre le fils sous son aile pour mieux finir par le perdre et s’en débarrasser… Et puis au
milieu de tout ça, seul élément presque comique du film, il y a la toujours étonnante Sylvie Testud, dans le rôle d’un inspecteur de police à la Columbo, à la fois péniblement insistante et
faussement débile, chien et voiture pourrie inclus.
On reste ainsi littéralement scotché devant ce petit trésor atmosphérique visuellement impeccable : plans larges sur de grandes étendues de neige, paysages de montagnes isolés, lumières froides
et bleuâtres, nuits noires et anxiogènes… « Avant l’aube » est un film efficace et glaçant, où les rapports étranges entre toute une galerie de personnages tout aussi bizarres nous laissent
fascinés ! Avec une rigueur toute chabrolienne, le film de Jacoulot utilise finalement avec intelligence le cinéma de genre (ici le polar) pour mieux le transcender par une description implacable
de lutte des classes, à travers ce personnage de pauvre petit délinquant qui se casse le nez en osant s’immiscer au sein d’une famille bourgeoise…
à éviter
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