Another Earth, de Mike Cahill II (Etats-Unis, 2011)
Sortie le 12 octobre 2011
Note :
Avec sa façon d’évoquer un drame intime sur fond de transformation cosmologique radicale, « Another Earth » semble étrangement naviguer sur les traces du dernier film de Lars Von Trier : «
Melancholia ». Pourtant, le film de Mike Cahill se révélerait plutôt comme une
anti-thèse de ce dernier : une sorte de double inversé et éclairé de la noirceur mélancolique du réalisateur danois… Ainsi, là où « Melancholia » précipitait ses personnages glorieux dans la
Fatalité et la tragédie la plus absolue avec la fin du monde en arrière-plan, « Another Earth » préfère partir de la situation tragique et a priori insoluble d’individus pour mieux les montrer en
train de se reconstruire peu à peu et aborder bientôt les prémices d’un nouveau monde possible…
La vie de Rhoda, brillante étudiante en astrophysique, bascule le jour où sa voiture heurte de plein fouet celle de John, tuant au passage la femme et l’enfant de celui-ci… Ce même jour est
découverte une planète en tout point semblable à la Terre, évoluant dans l’espace à proximité de celle-ci. Des années plus tard, après avoir purgé sa peine de prison, Rhoda cherche l’anonymat et
tente de se rapprocher de John, comme pour essayer de se faire pardonner par cet homme brisé. Le symbole est fort quand elle se fait engager par cet homme qui ne sait pas qui elle est vraiment
pour faire le ménage chez lui… Nettoyer une maison pour mieux remettre une vie sur ses rails ?
« Another Earth » est un film infiniment subtil : loin du film de science-fiction que son postulat de départ pourrait laisser imaginer (le seul effet spécial du film demeure cette seconde Terre
omniprésente dans le ciel), on se retrouve plus simplement dans l’intimité de ces personnages qui tentent de se reconstruire au contact l’un de l’autre… C’est doux et émouvant, porté par une mise
en scène atmosphérique, semblant incarner la tristesse cotonneuse des âmes en présence… mais comme absentes au monde. La métaphysique affleure alors avec cette mystérieuse planète dont on
comprend qu’elle est une réplique exacte de la notre, habitée par les doubles de chaque être humain… Les personnages s’interrogent alors sur ces autres eux-mêmes, retrouvant alors une forme
d’espoir dans leur morne vie : « Et si une autre version de vous-même avait pris un autre chemin, peut-être le chemin idéal ? En quoi cette personne serait-elle différente ? Sa vie serait-elle
meilleure ? » Une théorie est en outre évoquée pour expliquer l’apparition soudaine de cette planète : évoluant initialement comme des mondes parallèles juxtaposés, les deux planètes se sont un
jour séparées pour prendre chacune son chemin, laissant leurs habitants se dédoubler et vivre chacun autant de vies possibles… Cela ayant eu lieu le jour même de la tragédie vécue par John et
Rhoda, ceux-ci se prennent à rêver que l’accident n’a jamais eu lieu sur cette autre planète. Le plan final du film en appelle d’ailleurs joliment à l’intelligence du spectateur : aussi beau que
furtif, il laisse la place à l’interprétation et au rêve, comme l’ensemble de ce long métrage se tournant constamment vers un onirisme intimiste…
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