Absent, de Marco Berger (Argentine, 2011)
Sortie nationale le 27 juillet 2011
Note :
Après le très beau et très subtil « Plan B », Marco Berger continue d’imposer un style
bien à lui dans « Absent ». Une nouvelle fois, il parvient à filmer la naissance du désir comme personne, par le biais d’images souvent très suggestives et sensuelles. Sa façon de montrer les
corps, de les « révéler » à eux-mêmes et de les faire « parler » par des gestes ou des postures, mais aussi par des cadrages et un montage précis, dessine peu à peu un univers fascinant et
personnel, dans lequel la tension sexuelle est prégnante de bout en bout sans pour autant jamais être assouvie…
Avec cette histoire d’adolescent amoureux de son professeur de sport, qui le manipule sournoisement dans le but de passer une nuit à son domicile, le cinéaste argentin inverse les données
habituelles de l’interdit : ce n’est pas ici l’adulte détenant l’autorité qui abuse de son élève, mais plutôt ce dernier qui s’insinue progressivement comme une menace dans la vie du prof… Berger
explique lui-même avoir voulu "renverser le thème classique d’un adulte abusant d’un mineur : voir ce qui se passe si le jeune comprend ce que la situation a de dangereuse pour l’adulte, voir
s'il peut utiliser ce danger comme un instrument à la fois de séduction et de pression." Du coup, il commence par construire son film comme un thriller, où la tension s’avère palpable au détour
de chaque plan ou de chaque sonorité intrusive de la bande sonore… Différents témoins observent notamment la présence de l’adolescent chez l’enseignant, suggérant la mise en place d’un futur
chantage entre les protagonistes. Et pourtant, « Absent » désamorce soudain cette dimension, en basculant dans le drame affectif au détour d’un rebondissement brutal, mais néanmoins filmé avec
douceur…
L’intrigue se resserre alors sur le personnage du professeur, et Marco Berger reprend une thématique prégnante de son premier film : la révélation d’un homme à la nature de son propre désir… Cet
homme en couple avec une femme va alors se sentir troublé par la présence de ce jeune garçon toute une nuit à son domicile, puis sa sensualité s’ouvrira véritablement à cette attirance d’un
nouveau genre après la disparition de celui-ci… Paradoxalement, c’est à travers son absence qu’il comprendra l’objet véritable de son affection : le cinéaste filme ainsi magistralement la
complexité des sens et le drame d’un amour inassouvi… Très beau, à l’image de ces derniers plans, lorsque l’enseignant revient sur les lieux même de la naissance du désir, alors qu’il n’en avait
pas encore conscience, et maintenant qu’il est désespérément trop tard… Perdu dans ses sentiments, il ne peut plus serrer contre lui que du vide.
Mise en perspective :
à éviter
bof bof !
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