Dans la manchette de son journal son blog, Laurent déclare tout de go aimer tout à la fois le Petit Robert et le bruit des haricots verts que l’on équeute, le champagne et les raccourcis clavier, l’autodérision et l’étreinte d’un homme… Cet inventaire à la Prévert dénote un garçon drôle et sensible, égrenant au fil de ses notes une fantaisiste et douce folie. Entre les fraises et la tendresse, il nous parle au quotidien du sien (de quotidien !), entre ses découvertes, ses lectures, ses observations futiles ou nécessaires sur le monde, sa vie gay ou pas toujours, ses délires ou ses moments plus philosophes… un garçon passionnant, puisqu’on vous le dit ! à suivre avec délice… ou même avec d’autres ! Pour Phil Siné, il a bien voulu parler d’un film qu’il vient tout juste de voir au cinéma : « Mes meilleures amies ». Saura-t-il convaincre les lecteurs cinéphiles et exigeants de ce blog ? On observera de près vos réactions en commentaires…
Mes meilleures amies, de Paul Feig (Etats-Unis, 2011)
Sortie le 10 août 2011
Carte blanche de Laurent
Blog : Des fraises et de la tendresse
A l’instar d’Annie (Kristen Wiig), personnage principal du réjouissant « Mes meilleures amies » (Bridesmaids), qui, depuis son comptoir de vendeuse de bijoux raille ses clients encore bercés
d’illusions, j’envoie régulièrement des messages mentaux aux tourtereaux qui se bécotent sur les bancs publics bancs publics. « Le mariage ? Malheureux ! Mais vous n’y pensez pas ? L’homme ou la
femme de votre vie n’existe que dans les romans à l’eau de rose. L’amour l’amitié pour la vie n’existent que chez Disney ou Hannah Montana. »
Digression.
Faites-moi plaisir, ne m’invitez jamais, je dis bien jamais, à un mariage. Ne me jouez pas le refrain de « mais tu vas voir, ce sera différent, blablabla » J’ai beau m’armer de l’humeur la plus
joyeuse (et insouciante), je n’arrive pas à croire à ces machins, ces institutions, ces fanfreluches, ces robes choucroutes, ces « le plus beau jour de ma vie », ces « pour le meilleur et pour le
pire » et j’en passe des vertes et des cornues.
Voilà pourquoi je jubile quand, dans « Mes meilleures amies », l’essayage de robes guimauves des futures demoiselles d’honneur tourne au cauchemar scatologique. Quand Annie, frappée par la
malédiction « j’ai un amant, horripilant… mais c’est déjà ça » et « j’ai raté ma vie, peu de chances que "l’homme idéal" déboule sur son blanc destrier », dézingue la parfaite fontaine de
chocolat en y jetant des touffes de gazon qu’elle arrache, furieuse contre sa meilleure amie qui lui a préféré une autre donzelle bien sous tous rapports (belle, riche et non moins parfaite,
jouée par Rose Byrne, l’actrice co-vedette de « Damages »).
Le film dynamite les clichés autant qu’il les alimente. Difficile en effet de faire du neuf sur un sujet, le mariage du ou de la meilleure amie, aussi bateau. Il reste le style, le traitement,
les personnages.
Et force est de constater que les scénaristes s’en sont donné à cœur joie. L’actrice, co-scénariste, s’est écrit un rôle taillé à la mesure de son talent comique. Irrésistible Annie.
Excessivement attachante. Forgée à l’implacable gymnastique du Saturday Night Live, elle a co-écrit des scènes burlesques dignes d’une Bridget Jones qui aurait fricoté avec les Marx Brothers.
Ajoutez à cela deux semaines d’improvisations qu’on imagine aussi studieuses qu’inénarrables, vous obtenez une galerie de personnages dignes des meilleurs soaps américains.
Si je déplore la fin archi-convenue (que les producteurs ont dû imposer aux scénaristes), je me repasse en boucle mentale les scènes d’une Annie, passagère incontrôlable (et hilarante) du vol
Chicago-Las Vegas, d’une Annie usant toutes les ficelles pour se faire interpeller par le troublant Chris O’Dowd, d’une Annie dans une scène étonnamment juste où Megan lui tend un miroir peu
flatteur, l’arrachant physiquement à sa complainte, à ses pleurnicheries.
J’ai lu deci-delà des commentaires de spectateurs déçus par la vulgarité de certaines scènes, attristés par les papiers dithyrambiques de leur critiques chouchous. Ces gens se sont, semble-t-il,
mis le doigt dans la comprenette (bien profond), pensant trouver un propos philosophique où il ne faut voir que divertissement rondement mené, délibérément outrancier. Ils se sont trompés de
salle. Voilà tout.
Les films de « bord d’évier », comme les appelait Michel Audiard, ne m’intéressent pas. Vous savez, ces films où l’on bavarde gentiment accoudé à l’évier, où l’on s’envoie des « il m’a dit… et je
lui ai répondu », dialogues et situations collés au quotidien comme des mouches sur une.
Il y a certes des amateurs pour un cinéma réaliste. Pour ma part, je préfère de loin l’outrance, le burlesque de « Mes meilleures amies ».
Comme un fait exprès, j’apprends aujourd’hui (sans blague), le mariage d’amis chers. J’hésite encore à accompagner mes félicitations de deux tickets de cinéma. Mais entre le sinistre « Melancholia » et le désopilant « Mes meilleures amies », mon cœur a choisi.
Et vous ?
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