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Mercredi 30 juin 2010 3 30 /06 /Juin /2010 19:13

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« Il faut ! » commence par dire Michel Poiccard, au commencement d’« A bout de souffle ». Moi je dirais même plus : Il faut ABSOLUMENT voir le film de Godard ! Autant par pur plaisir, car le film est un bonheur absolu, enfilant les pépites seconde après seconde, que pour mieux comprendre la « nouvelle vague », dont « A bout de souffle » est en quelque sorte un « manifeste » et la figure de proue…

Premier long métrage de celui qui se fait aujourd’hui appeler par ses seules initiales, « A bout de souffle » suit l’itinéraire entre Marseille et Paris de Michel Poiccard, interprété par un Jean-Paul Belmondo jeune et formidable ! Poiccard, suite à un vol de voiture et au meurtre d’un policier, sera traqué tout au long du film et forcé de fuir, sans cesse, jusqu’à finir par s’effondrer au bout d’une rue parisienne, touché par une balle et littéralement « à bout de souffle »… A Paris pour retrouver de l’argent, il renoue avec une jeune américaine qu’il cherche à entraîner avec lui dans sa fuite, avec Rome pour toute perspective. Cette jeune femme est interprétée par la magnifique Jean Seberg.

En partie improvisé (le tournage paraissait s’inventer au jour le jour, Godard écrivant son scénario et les dialogues pour ses comédiens bien souvent la veille pour le lendemain), le film en impose tout d’abord par son extrême liberté et son audace, faisant entrer à l’époque le cinéma français dans la « modernité », comme le roman l’avait fait juste avant lui… Cela signifie principalement un tournage libre et ouvert, en décors naturels, laissant la caméra se déplacer sans entrave, pour raconter un récit non linéaire, parfois évasif, faisant exploser toutes les règles de la narration traditionnelle. On suit les personnages de scènes en scènes avec une dynamique de l’urgence : seul leurs actes et leurs facéties comptent ! Quant à la psychologie, elle explose elle aussi, livrant des personnages loin du manichéisme habituel : Poiccard a tué et n’en demeure pourtant pas moins sympathique à nos yeux… le héros y perd son statut et devient donc ambigu.

Godard crée à chaque plan une mise en scène d’un genre entièrement nouveau, inventant une sorte de « poésie du faux raccord »… Il multiplie en effet les sautes d’image, les coupures incessantes, opérées lors d’un montage rendu le plus énergique et le plus « fou » possible. Il conserve cependant une logique et une cohérence dans ses dérives audiovisuelles, n’hésitant par exemple pas à faire commencer une réplique dans un plan pour la terminer dans un autre, qui théoriquement marquait une ellipse temporelle… Magique et unique !

Mais ce n’est pas parce que Godard se jette à pellicule perdue dans la modernité qu’il en oublie pour autant le passé… Son film est, comme la plupart de ceux qui suivront, hyper référencé (références autant littéraires que cinématographiques, d’ailleurs), et le jeune cinéaste n’hésite pas à employer quelques clins d’œil rigolos pour illustrer la querelle de l’ancien et du moderne : dans une scène, une jeune femme tend à Poiccard un exemplaire des « Cahiers du cinéma » en lui demandant s’il n’a rien contre la jeunesse, et lui de rétorquer aussi sec « moi j’aime les vieux ! »

Rejeté violemment par certains à sa sortie, « A bout de souffle » est depuis devenu un grand film culte… Cela en partie à cause de ses nombreuses scènes mythiques et inoubliables : Jean-Paul Belmondo regardant le spectateur droit dans les yeux pour lui dire « Allez vous faire foutre ! », Jean Seberg vendant des journaux à la criée sur les Champs-Élysées et s’exclamant « New York Herald Tribune ! », Belmondo passant le pouce sur ses lèvres dans la première image du film et Seberg faisant de même à la fin en déclamant son « Qu’est-ce que c’est dégueulasse ? »… On retrouve également Jean-Pierre Melville himself dans le rôle d’un certain Parvulesco, un auteur apparemment célèbre qui se fait interviewé par une horde de journalistes : entre deux questions drôles ou ironiques (genre « Aimez-vous Brahms ? », titre du dernier roman en date de Françoise Sagan) auxquelles il répond par de courtes phrases efficaces en forme d’aphorismes, le personnage de Jean Seberg réussit à lui demander « Quelle est votre plus grande ambition dans la vie ? », ce à quoi il répond : « Devenir immortel… et puis… mourir ! » Réponse à première vue paradoxale, qui cache finalement peut-être le désir de tout artiste en puissance, à commencer par Godard, devenu aujourd’hui immortel aux yeux du monde, et qui peut donc désormais… mourir ?

 

Mise en perspective :

- Film Socialisme, de Jean-Luc Godard (France, Suisse, 2010)

Par Phil Siné - Publié dans : La tête dans le culte - Communauté : Webzine cinéma
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