Mardi 31 janvier 2012
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Talk Radio, d’Oliver Stone
(Etats-Unis, 1988)
Disponible en DVD le 18 janvier 2012 chez Carlotta Films
Note :
Tourné pour un budget modeste après « Platoon » et « Wall Street » et en attendant « Né un 4 juillet », passé complètement inaperçu lors de sa sortie en salles, « Talk Radio » apparaît pourtant
aujourd’hui comme l’un des films les plus intéressants d’Oliver Stone… Il faut dire qu’il y accomplit une sorte de gageure exemplaire, tant la quasi-totalité du long métrage se passe au sein du
studio d’une radio locale où un homme anime une émission où il converse tout seul avec des auditeurs invisibles à l’écran…
C’est pourtant avec ce sujet hautement anti-cinématographique que le cinéaste se livre à une mise en scène virtuose et inventive, transformant son film en un haletant huis clos, qui fonctionne à
merveille à l’écran ! Tout tient au fond dans cet étonnant paradoxe : alors que ses personnages demeurent confinés dans un espace hyper réduit et statique, la caméra d’Oliver Stone ne cesse
pourtant jamais de bouger et livre au final un film au dynamisme épatant… On ne peut qu’admirer cet objet filmique en forme de défi relevé avec brio : bien sûr, le réalisateur triche un peu
parfois en incluant ici un flash-back sur la façon dont l’animateur de radio est devenu ce qu’il est ou en proposant là une courte échappée à l’extérieur de la radio un week-end, mais le film
s’en tient la plupart du temps au personnage principal parlant à n’en plus finir face à son micro…
Pour rendre ce dispositif plus « audio » que « visuel » attrayant et palpitant, le cinéaste nous subjugue par un montage nerveux et efficace, multipliant notamment le découpage des plans, jouant
sur l’éventail de possibilités entre le très gros plan et le plan large, tout en conservant une fluidité remarquable, nous faisant parfaitement oublier cet habile et complexe jeu de découpage…
D’autres effets de mise en scène tiennent de la bravoure pure, lorsque le personnage s’engage par exemple dans un monologue impressionnant et que la caméra panote avec lui alors que le décor de
la pièce défile en boucle en arrière-plan !
Mais la technique ou l’intelligence de la réalisation ne sont bien sûr pas les seuls éléments qui rendent « Talk Radio » aussi passionnant… Car le film est peut-être avant tout porté par l’acteur
Eric Bogosian, qui incarne avec panache cet animateur radio cynique et désabusé, mais à la verve assurée, conversant avec des auditeurs sinistres et racistes, n’hésitant pas à les provoquer et
les ridiculiser au plus haut point pour les pousser dans leurs retranchements… Auteur de la pièce de théâtre sur laquelle le film s’appuie, Eric Bogosian signe en outre le scénario de « Talk
Radio » et surtout des dialogues taillés au couteau impressionnants de justesse, d’ironie et de tension !
Sous les traits de Barry Champlain, Bogosian et Stone dressent au fond un terrifiant portrait de l’Amérique : en instaurant ce dialogue de sourd avec ses auditeurs, il se complet finalement à
l’autosatisfaction et à une forme d’autodestruction, qui ne tardera d’ailleurs pas à exploser à la fin du film ! En effet, en répondant avec hargne et méchanceté aux provocations vulgaires,
xénophobes, homophobes ou antisémites des auditeurs qui l’appellent, il ne fait que mettre dos à dos des haines qui s’affrontent… En laissant l’excitation et les menaces gronder peu à peu, il
condamne à l’annihilation la révolte qu’il croit porter avec sa voix… Il remarquera trop tard que ce n’est pas par la violence – même verbale – que l’on combat la violence : en croyant combattre
tout ceux qu’il déteste, il se laisse finalement rattraper et détruire par eux… C’est triste à mourir et pourtant la démonstration demeure implacable !
Bonus DVD : Dans « Filmer la colère », Oliver Stone revient durant près de trente minutes sur le tournage de « Talk Radio », révélant quelques anecdotes et expliquant certaines
techniques de mise en scène… un entretien passionnant !
Critique réalisée en partenariat avec
Découvrez d'autres films sur Cinetrafic dans la catégorie Bon film et la catégorie Film à voir
Par Phil Siné
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Publié dans : Raretés
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Lundi 30 janvier 2012
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Tucker & Dale fightent le
mal, d’Eli Craig
(Etats-Unis, Canada, 2011)
Sortie le 1er février 2012
Note :
"En énumérant consciencieusement les poncifs et autres lieux communs des films d’épouvante pour mieux les détourner, on sent qu’Eli Craig s’en donne à cœur joie dans la parodie la plus délirante
et poussive […] Certes, on est ici dans le comique bourrin et pas léger léger, mais autant dire qu’on se marre vraiment bien à la vue de ce film furieusement rigolo, qui n’oublie pas non plus de
balancer ici et là quelques effets gore qui lui permettent de garder une certaine fidélité au genre qu’il parodie…"
Retrouvez la critique complète de "Tucker and Dale fightent le mal" par
Phil Siné en cliquant ici !
Par Phil Siné
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Publié dans : A l'affiche en 2012
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Dimanche 29 janvier 2012
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Mother’s Day, de Darren Lynn Bousman
(Etats-Unis, 2010)
Note :
"Le Jour du Saigneur" fête sa 50ème !
Réalisateur de plusieurs films de genre (dont les opus 2, 3 et 4 de la saga « Saw »), Darren Lynn Bousman livre avec « Mother’s Day » un long métrage à l’inventivité et à l’efficacité vraiment
surprenantes, quelque part entre le « survival » et le film d’intrusion… Remake d’un film de Charles Kaufman, la version de Bousman a visiblement l’intelligence de s’en éloigner largement pour
mieux en réinventer l’histoire, l’atmosphère et les perspectives.
Tout commence assez classiquement, avec l’intrusion dans une maison où quelques amis font la fête d’une bande de
trois frères en cavale après un braquage qui a mal
tourné, laissant l’un d’eux gravement blessé. Croyant retrouver leur mère et leur sœur dans la maisonnée, ils s’aperçoivent en réalité que le lieu a été vendu à de nouveaux propriétaires…
Heureusement, leur maman ne va pas tarder à venir les rejoindre, histoire de remettre un peu d’ordre à tout ça !
Si le déroulé et les enjeux du scénario ne sont pas forcément follement originaux (prise en otages, recherche d’argent, tentatives d’évasion…), « Mother’s Day » se révèle surtout dans toute une
ribambelle de séquences d’anthologie, entre sadisme et horreur pure, qui rendent le film parfaitement réjouissant ! Entre deux filles à qui l’on dit qu’on laissera la vie sauve à celle qui tuera
l’autre la première ou deux « amis » sommés de s’affronter pour qu’on envoie la femme du perdant dépuceler l’un des criminels, Bousman joue sur une certaine tension psychologique, sans oublier
pour autant quelques situations extrêmes et excessives comme on les aime dans la série B ou le « torture porn » : entre un homme rendu sourd qui tue sa femme par erreur (faut dire qu’elle avait
pas à le surprendre par derrière non plus !) et des effets gore bien dégueulasses (une tête explosée, une main fracassée à la boule de billard, une épaule embrochée, une attaque au fusil à
clous…), le film ne nous laisse décidément pas une seconde de repos dans un joyeux jeu de massacres et de trahisons ininterrompu et toujours rondement mené !
Mais si l’on prend vraiment son pied à travers cette histoire qui commence par la fin (ce qu’on mettra d’ailleurs longtemps à comprendre…) et qui surprend par ses excès totalement décontractés du
gland, on est aussi bien surpris par la tête d’affiche du casting ! Rebecca « La main sur le berceau » De Mornay interprète en effet à merveille cette mère hyper possessive avec ses enfants et si
attentionnée avec tout le monde, sauf lorsqu’on lui désobéit ou que l’on se comporte mal, auquel cas elle ne recule alors devant rien… Son jeu paradoxal entre maman gâteau sirupeuse (au sens
propre, puisqu’elle va même jusqu’à faire un bon gâteau au chocolat à ses victimes) et chef de bande cruelle et carnassière est tout bonnement délicieux : « Mother’s day » est comme son titre
l’indique une vraie fête de mère… et même d’une mère tout à fait spéciale !
Par Phil Siné
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Publié dans : Films du XXIe siècle
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Samedi 28 janvier 2012
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22:13
A tout juste vingt ans (il soufflera ses
bougies au mois de septembre prochain), le petit Ezra Miller n’en a pas moins une assez riche actualité cinématographique : à l’heure de la sortie en DVD du film qui l’a révélé (« We need to talk about Kevin », en vidéo le 1er février) et de l’arrivée dans
les salles d’un autre grand rôle pour lui (« Another Happy Day », au cinéma le 1er
février), il devenait impossible de ne pas ressusciter la rubrique du CinéBoy sur ce blog pour en faire profiter ce jeune homme aux multiples talents…
Car avant de devenir acteur, Ezra (qui a sûrement abondamment remercié sa maman danseuse et son papa éditeur pour ce prénom hébreu glorieux et original) a eu une formation de chanteur. Il est
d’ailleurs encore aujourd’hui le chanteur et batteur d’un groupe nommé « Sons of an Illustrious Father »… Tout un programme !
Avant d’accéder pleinement aux feux de la rampe, on aura pu l’apercevoir dans des films comme « Afterschool » en 2008 ou « City Island » en 2010. A la télévision, il incarne pour quelques
épisodes Damian, le petit copain de Becca, la jeune fille de Hank Moody dans la sulfureuse série « Californication »…
Mais c’est bien sûr grâce à son étonnant minois, pétri d’ambiguïtés, qu’il décroche le rôle de Kevin adolescent dans le film de Lynne Ramsay ! Mi-ange mi-démon, il y incarne à merveille cet
inquiétant garçon, qui entretient une relation complètement borderline avec sa mère : tout en
tension, le film nous montre une femme désemparée face à un enfant qu’elle soupçonne être capable du pire… et la fin du film ne la fera d’ailleurs pas mentir !
Son talent se confirme dans le très beau « Another Happy Day », dans lequel il
joue encore les ados instables au regard un brin psychopathe, surtout lorsqu’il se retrouve sous l’emprise de la drogue… Une fiction qui n’est d’ailleurs pas loin de rejoindre la réalité, puisque
l’adorable petit Ezra, au doux visage d’extraterrestre transgenre juvénile, a justement été arrêté il y a quelques mois en possession d’une vingtaine de grammes de marijuana… Pourvu que ça ne
l’empêche pas de poursuivre une belle et grande carrière au cinéma !
Affectueusement,
Pamela
Par Pamela
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Publié dans : Portraits
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Samedi 28 janvier 2012
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04:13
Grâce à UniversCiné, Phil Siné vous offre 10 codes VOD pour voir sur internet (en vous
connectant depuis la plate-forme d’UniversCiné) le film "We need to talk about Kevin" de Lynne Ramsay, dont vous pouvez retrouver la
critique sur ce blog en suivant ce lien...
Pour cela, il vous suffit de faire partie des 10 premiers à laisser un sympathique
commentaire ci-dessous d'ici le dimanche 5 février 2012 à minuit, en n’oubliant pas de préciser votre mail dans le champ dédié du formulaire (le mail n’apparaîtra pas à la vue des autres
internautes).
A vos marques… Prêt ? Commentez !
Par Phil Siné
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Publié dans : Jeux !
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Vendredi 27 janvier 2012
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We need
to talk about Kevin, de Lynne Ramsay
(Etats-Unis, Grande-Bretagne, 2011)
Note :
Disponible en DVD et VOD chez Diaphana Edition Vidéo le 1er février 2012
Voici un film « rouge sang », qui commence dans le jus de tomate et se termine dans un bain de sang à la violence bien sentie… Ce qui impressionne en premier lieu avec « We need to talk about
Kevin », c’est le montage et la mise en scène. Cette histoire tournant autour de la relation malsaine d’une mère à son fils qui semble être l’incarnation du mal possède en effet une atmosphère
bien particulière. L’utilisation de la couleur rouge, quasiment constante à l’écran, est l’un des aspects les plus évidents à l’origine du climat anxiogène et presque horrifique qui se dégage du
long métrage… Mais le montage éclaté se révèle probablement bien plus efficace pour faire monter la tension chez le spectateur et produire un suspense intenable et sournois, manipulateur jusqu’au
bord du cadre ! Les images se succèdent à l’écran, jouant sur l’émotion plus que sur la cohésion, s’éloignant de toute chronologie pour privilégier une approche sensitive et psychologique, ne
révélant le climax vers lequel tend tout le film qu’à la toute fin.
Si le fils, incarné tour à tour par de jeunes acteurs aux regards inertes et machiavéliques, est la matière même qui innerve tout le long métrage, c’est bien autour de la mère et de son ressenti
que tourne véritablement le regard de la réalisatrice Lynne Ramsay : pour l’habiter, l’actrice Tilda Swinton parvient à une belle performance, parvenant à dresser le portrait d’un personnage
toujours borderline et profondément angoissé, origine probable de la propre défaillance de son rejeton… Mais la force du film tient justement à ne jamais expliciter clairement le pourquoi du
comment : le fils garde ainsi un profond mystère, autant dans sa relation assez atroce à sa mère que dans la motivation de l’acte d’une extrême violence vers lequel tout le conduit, point
culminant d’un film pervers et ambigu ! Entre horreur psychologique et questionnement sur la nature humaine, « We need to talk about Kevin » est une œuvre choc à découvrir assurément…
Bonus DVD : Entretiens avec la réalisatrice et les acteurs du film
Par Phil Siné
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Publié dans : Le fil ciné de Phil Siné
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Jeudi 26 janvier 2012
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L’amour dure trois ans, de
Frédéric Beigbeder
(France, 2011)
Sortie le 18 janvier 2012
Note :
L’amour dure trois ans, peut-être, mais en tout cas « L’amour dure trois ans » dure, lui, une heure et trente-huit minutes… La boutade ayant été faite, il convient maintenant d’avertir mon
lecteur que mon roman de plage était justement « L’amour dure trois ans » l’été dernier et que j’ai donc pu en découvrir l’adaptation au cinéma, par son auteur lui-même, cette semaine…
Si établir une comparaison entre le livre original et l’adaptation qui en est faite pour le cinéma s’avère rarement pertinente, elle me semble plus adaptée dans le cas d’un romancier qui porte
lui-même son texte à l’écran, en s’improvisant alors apprenti cinéaste, comme c’est justement le cas de Frédéric Beigbeder ici… Force est de constater qu’il s’en sort plutôt bien, le bougre,
précisément parce qu’il a compris qu’il était nécessaire d’« adapter » plus que de platement « retranscrire » ! Du coup, le cinéaste trahit en partie l’auteur dans une schizophrénie rieuse, en
enlevant ici ou en ajoutant là, l’élément bonus le plus intéressant du film étant peut-être cette mise en abyme du roman de l’auteur dans le scénario, donnant lieu à une échappée amusante dans le
monde de l’édition…
Mais là où le cinéaste surpasse le romancier, c’est en modifiant la fin même de son texte, qui m’avait tant agacée l’été dernier… Là où la conclusion du livre rendait caduc (pour ne pas dire
mensonger) le titre même de l’œuvre, le film s’achève avec une « vague » incertitude (au sens stricte, j’ai envie de dire) quant à la relation du couple et à son avenir (avec cet impression de
tsunami apocalyptique en arrière fond de leur baiser de cinéma…)
Bon, Beigbeder ne marquera probablement pas l’histoire du cinéma avec ce film, comme il ne marquera certainement pas l’histoire de la littérature avec ses romans… Mais il parvient cependant à
nous divertir agréablement avec cette jolie comédie romantique, moderne et enlevée, ce qui vous en conviendrez est quand même déjà pas mal ! Avec un talent qu’on lui connaissait déjà, il
manifeste habilement son sens de la formule et de l’à-propos dans des dialogues joyeux et décalés et dans une histoire sympatoche et loufoque que porte plutôt agréablement Gaspard Proust et
Louise Bourgoin… Et même si nos réminiscences du film ne devraient certainement pas durer plus de trois ans (mais alors vraiment pas !), comment en vouloir le moins du monde à un film qui rend un
si joli hommage à la musique de Michel Legrand ?
Par Phil Siné
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Publié dans : A l'affiche en 2012
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Mercredi 25 janvier 2012
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Fleurs du mal, de David
Dusa
(France, 2010)
Sortie le 8 février 2012
Note :
Malgré la faiblesse visible de son budget, « Fleurs du mal » sait imposer un style bien à lui et une dynamique moderne et décalée. Il faut dire que David Dusa, son réalisateur, sait tirer un
parti profitable des nouveaux modes de communications, ceux de la jeunesse contemporaine, qui semblent inonder et nourrir son film… L’histoire d’amour (ou du moins d’affection) qui se noue entre
Gecko et Anahita, les deux personnages du film, se construit peu à peu en « connexion » avec les technologies modernes (téléphone portable, smartphone…) et surtout le monde virtuel d’internet
(réseaux sociaux, vidéos Youtube…)
Une vraie énergie circule ainsi dans ce premier long métrage plein de promesses et d’originalité, par celui qui fut l’assistant réalisateur d’Andrew Kötting sur un film qui proposait lui aussi son propre langage : « Ivul ». Le monde tourne autour de ces deux
jeunes gens pour qui l’on se prend volontiers d’affection : il les dépasse complètement et ceux-ci ne savent jamais vraiment comment se situer par rapport à lui… Chacun doit composer avec ses
souffrances : la solitude pour Gecko, le déracinement pour Anahita, qui a fuit l’Iran en train de se révolter… Loin de sa famille, elle tente de garder le contact via le web, mais si la toile est
composée de nombreux fils, ceux-ci demeurent extrêmement fragiles, et l’angoisse et l’inquiétude s’élèvent parfois devant le silence de l’autre bout du monde…
Plastiquement, le film est d’une richesse passionnante. Il efface notamment la frontière entre fiction et documentaire lorsque de véritables vidéos de manifestations iraniennes recouvrent
l’écran, montrant Anahita en train de scruter les gens de son entourage qu’elle pourrait y reconnaître. Cette obsession d’observer son pays à distance l’empêche au fond d’être là où elle est et
de vivre pour de bon son histoire avec Gecko… Une histoire qui se fait pourtant joliment romantique quand elle s’oublie ou quand elle lui offre une édition des « Fleurs du mal » de Baudelaire,
laissant celui-ci s’imprégner du langage universel de la poésie… Il y adhère doucement, même si pour lui la poésie naît d’abord de son corps, à travers ses mouvements de danse, qu’il partage en
vidéo sur son compte Youtube et qu’il semble ne pas pouvoir s’empêcher de réaliser au gré de ses pérégrinations urbaines… Le film se fait joliment atmosphérique quand on le voit se déplacer,
errer ici et là, se perdre avec Anahita, et puis se retrouver…
Porté par deux jeunes acteurs sensibles (Rachid Youcef et Alice Belaïdi), « Fleurs du mal » est une belle réussite, modeste mais combative, qui porte un regard rafraîchissant et curieux sur la «
génération internet ». Le film interroge aussi le pouvoir des images et l’influence des nouveaux médias sur les comportements et sur l’utilisation qu’on en fait : un palpitant questionnement sur
l’avenir du monde à travers le regard de sa jeunesse, en somme…
Par Phil Siné
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Publié dans : En avant-première
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Mardi 24 janvier 2012
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La Taupe, de Tomas Alfredson
(France, Grande-Bretagne, Allemagne, 2011)
Sortie le 8 février 2012
Note :
Après le sublime et vampirique « Morse », qui sondait avec une
poésie infinie la mélancolie de l’enfance, le cinéaste Tomas Alfredson revient avec un second film diamétralement opposé à celui-ci. Avec « La Taupe », adaptation d’un roman de John Le Carré, le
cinéaste explore en effet l’univers des services secrets britanniques en pleine guerre froide, à travers cette histoire d’agent double infiltré, cette fameuse « taupe » que plusieurs agents
cherchent à débusquer…
Il est évident qu’Alfredson n’a rien perdu de son geste et qu’il signe une nouvelle fois une mise en scène époustouflante de beauté et de perfection ! La fluidité des mouvements de caméra,
l’intensité de la photographie, la précision du montage… tout contribue à l’obtention d’un film gracieux et maîtrisé !
Pourtant, la froideur de l’ensemble, la complexité du scénario et de ses subtilités infinies (qui ravira peut-être les amateurs de romans policiers ?), le manque de relief et de tension palpable
de l’intrigue, finit par rendre le tout assez ennuyeux, probablement vain, et surtout parfaitement incompréhensible… La déception est de taille tant on a envie d’aimer ce film dès ses premières
images et tant son casting regorge d’interprètes éclatants : Gary Oldman, John Hurt, Colin Firth… Le résultat apparaît ainsi comme magistral à l’écran et on n’en garde pas moins d’un bout à
l’autre la seule envie que ça se termine au plus vite : un vrai talent gâché !
Autre film de Tomas Alfredson :
- Morse : Let the right one in, de Tomas Alfredson (Suède, 2009)
La Taupe sur Allociné
Par Phil Siné
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Publié dans : En avant-première
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Lundi 23 janvier 2012
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Millénium : les hommes qui n’aimaient pas les femmes, de David Fincher
(Etats-Unis, 2011)
Sortie le 18 janvier 2012
Note :
Trilogie « Millénium » : et on repart pour un tour ! Après les romans de Stieg Larsson et une première adaptation « suédée » au cinéma, voici comme il se doit le remake américain, qui dans le
fond n’ajoute pas grand chose au matériel préexistant, autant le dire d’emblée… Si on reconnaît bien sûr la qualité du travail de David Fincher, qui propose comme toujours un art de la mise en
scène virtuose, une image ultra léchée et un scénario sans doute bien mieux ficelé que le film suédois de Niels Arden Oplev, force est de constater que son film s’adresse prioritairement au
public américain, qui n’aura pas déjà vu (ou lu) les œuvres initiales, à cause de leur langue trop différente de la leur… bande de chauvins ! On sait gré cependant aux adaptateurs de ne pas avoir
voulu déplacer l’intrigue du roman aux Etats-Unis…
Du coup, on reste un peu de marbre devant cette nouvelle version étirée à n’en plus finir (2h40 tout de même !), qui même si elle n’ennuie pas tout à fait, se regarde sans grand enthousiasme…
L’histoire sordide est en effet désormais bien émoussée et ne peut décemment plus produire le choc escompté ! La relation entre les deux personnages principaux reste bien aiguillée, mais si les
acteurs américains s’en sortent honorablement (Daniel Craig, Rooney Mara), l’interprète de Lisbeth ne parvient cependant pas à faire oublier l’impressionnante Noomi Rapace… On se dit qu’il est
bel et bien temps de refermer enfin ce polar sombre et original, certes, mais pas transcendant non plus, et qui ne méritait certainement pas tout ce barouf international !
Chroniques de l'adaptation suédoise :
- Millénium 2 : la fille qui rêvait d’un bidon d’essence et
d’une allumette, de Daniel Alfredson (Suède, 2010)
- Millénium 3 : la reine dans le palais des
courants d’air, de Daniel Alfredson (Suède, 2010)
Par Phil Siné
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Publié dans : A l'affiche en 2012
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Dimanche 22 janvier 2012
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The Darkest Hour 3D, de Chris Gorak
(Etats-Unis, 2011)
Sortie le 11 janvier 2012
Note :
Après un modeste mais honorable premier film passé complètement inaperçu sur un attentat bactériologique au sein d’une grande métropole (« Los Angeles Alerte Maximum »), Chris Gorak remet le couvert avec un autre
genre de catastrophe, légèrement plus fun et « hollywoodienne » : une invasion extraterrestre ! Sauf que loin des budgets de blockbusters, « The Darkest Hour » se rapproche bien plus volontiers
du bon vieux film de série B que du cinéma de classe A, ce qui au final n’est vraiment
pas fait pour nous déplaire… Avec cette histoire d’une bande de post-ados américains qui se retrouvent confrontés à des aliens invisibles lors de leur
passage à Moscou, le réalisateur tape un grand coup dans le cinéma de genre, avec notamment une esthétique et surtout un traitement de l’intrigue qui rappelle à plus d’un titre les réjouissants
et démentiels « Skyline » ou « Attack the block », sortis ces derniers
mois…
Si la trame du film ressemble plus à un tour de montagnes russes qu’à un scénario mûrement réfléchi, il n’empêche que « The Darkest Hour » nous reste sur la rétine comme un divertissement
superficiellement ludique et mystérieusement sympathique… Les personnages sont bien entendus caricaturaux comme c’est pas permis mais leurs acteurs ont des petites bouilles suffisamment agréables
pour nous laisser prendre au jeu en leur compagnie de ce « survival » dans lequel tout est possible, à commencer par un ordre de disparition des personnages pour le moins surprenant :
heureusement, d’autres individus font leur apparition en cours de route, ce qui rend finalement l’ensemble bien plus alerte encore !
Le film ne lésine pas sur les effets spéciaux, plus ou moins réussis d’ailleurs, mais toujours sacrément délirants ! La façon dont les humains meurent quand ils sont touchés par les aliens est
carrément cool… Quant aux extraterrestres eux-mêmes, la vision qu’on a d’eux une fois que nos héros ont un peu gratté sous leurs carapaces « invincibles » (et invisibles, donc !) demeure sobre
mais néanmoins bien couillue ! Les idées finissent au fond par se multiplier à l’écran comme les petits pains de Jésus (toutes les trouvailles autour du concept électrique sont assez bien vues
!), et même si cette cascade de saynètes mises bout à bout les unes aux autres laisse plutôt le sentiment d’accumulation sans gros enjeu derrière, on en passe pas moins un savoureux moment, digne
de nos meilleurs « plaisirs coupables » d’adolescent…
La fin de « The Darkest hour » se révèle en plus un pur bonheur, tant le film prend une ampleur – certes à voir au centième degré (comme l’ensemble du film, d’ailleurs !) – lorsqu’il transforme
nos jeunes héros insouciants du début en petits soldats prêts à livrer bataille contre les envahisseurs… La guerre des mondes peut alors enfin commencer, laissant déjà imaginer les suites les
plus délirantes à cette aventure, peut-être réalisées par un Chris Gorack plus fun que jamais, sur qui la série Z peut désormais compter à l’aise !
Autre film de Chris Gorack :
- Los Angeles Alerte maximum, de Chris Gorak
Par Phil Siné
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Publié dans : A l'affiche en 2012
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Samedi 21 janvier 2012
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Trust, de David Schwimmer
(Etats-Unis, 2010)
Sortie le 18 janvier 2012
Note :
Avec « Trust », David Schwimmer (oui oui, le même qui interprétait Ross de « Ross et Rachel » dans la série « Friends » !) propose comme cinéaste un film au sujet délicat et un peu casse-gueule,
qui aurait tôt fait de sombrer dans le film à thèse ou à charge à la morale un peu simpliste et puante… Pourtant, en abordant le thème de la pédophilie à travers le personnage d’une jeune fille
de 14 ans qui se fait violer par un prédateur sexuel rencontré sur internet, il fait preuve d’une grande retenue et réussit un film intéressant qui pourra susciter un important débat pour peu
qu’il soit vu en famille. Il faut dire que le problème des violences sexuelles demeure une vraie préoccupation personnelle pour l’acteur-réalisateur, tant il s’est déjà investi dans cette lutte,
notamment par le biais de son engagement pour la « Rape Foundation »…
Alors bien sûr, « Trust » vacille parfois au gré de quelques maladresses, principalement à cause d’un style parfois trop démonstratif, de dialogues trop explicatifs ou de séquences un peu « too
much » histoire de « muscler » un peu le film (par exemple la scène où le père pète complètement les plombs en frappant un père de famille qu’il prend pour un pervers)… Mais on est surpris par la
subtilité avec laquelle opère le scénario pour nos orienter principalement vers la famille plutôt que vers la recherche purement policière du coupable. La façon dont le viol de la jeune fille
bouleverse du tout au tout l’équilibre du cercle familial est ainsi brillamment montrée ! Quant au désordre psychologique de la victime, que l’on voit doucement évoluer au fil du long métrage, il
est immensément juste et effrayant : même après l’acte fatidique, elle croit notamment toujours à la pureté des sentiments qui l’unit à son bourreau, perversion suprême de la fragilité de
l’esprit humain – et particulièrement des jeunes et tendres esprits, toujours prêts à croire les belles promesses qu’on peut leur faire…
Par Phil Siné
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Publié dans : A l'affiche en 2012
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Vendredi 20 janvier 2012
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On n’en parle pas souvent, mais l’amitié
assez « particulière » qu’entretint Clint Eastwood avec le réalisateur homosexuel Arthur Lubin dans les années 50 fit « jaser » en son temps… Alors que Lubin offrait à foison de beaux costumes et
des voyages en sa compagnie très privée à l’acteur, la femme de ce dernier en fit très vite une véritable crise de jalousie et lui interdit tout simplement de revoir le cinéaste… Vous trouvez ça
louche, vraiment ? De là à penser qu’Eastwood fût un peu de la « jaquette » au cours de cette période, il n’y a qu’un pas que l’on s’abstiendra cependant de franchir trop hâtivement…
Quoi qu’il en soit, il est amusant de constater que sa filmographie est émaillée de moult petits indices et autres références à d’étonnantes tendances homosexuelles de l’acteur, et cela même dans
la première partie de sa carrière, au cours de laquelle il incarnait une sorte de représentation mythifiée de la virilité pure, de l’homme « le vrai », qui sait agir et se battre, quitte à être
franchement violent à la « Inspecteur Harry »… La séquence la plus célèbre et notable demeure probablement celle où, dans « La corde raide », il se fait inviter par un homosexuel à « essayer » de
nouvelles choses avec lui, juste avant de lui rétorquer du tac au tac « Mais qui te dit que je n’ai jamais essayé ? ! » La classe, Clint, surtout que ça fait vraiment le mec qui assume en plus
!
Mais c’est bien entendu dans la dernière partie de son œuvre que tout est plus flagrant et que tout part en couilles, si vous me pardonnez l’expression ! A partir du milieu des 90’s, le cinéma
d’Eastwood devient en effet quasiment un cinéma de fillette, avec des romances à l’eau de rose tellement miraculeuses que seule une âme convaincue de la beauté de l’amour pouvait les réaliser :
on pense bien sûr à « Un monde parfait », « Sur la route de Madison », « Million Dollar Baby »… Toute cette partie de sa carrière révèle en effet que la paix et l’amour est plus fort que tout et
que cela doit demeurer la seule réponse à toute forme de violence : « Gran Torino » en
est notamment la démonstration parfaite…
Ce ciné de « chochotte » démarre d’ailleurs dès 1992, avec sa déconstruction totale du western, genre symbolique de l’hétérosexualité latente et de la virilité vraie, à travers son film «
Impitoyable » : les putes s’y moquent désormais de la taille microscopique des bites des cow-boys américains… Certes, celle qui a dit ça se fera taillader le visage sans ménagement, mais il faut
interpréter cette violence comme le dernier acte honteux d’un homme privé de sa virilité qui se rabaisse lâchement à faire du mal aux femmes…
On n’oubliera pas en outre « Minuit dans le jardin du bien et du mal », un film pétri d’ambiguïtés moites dans lequel le cinéaste Eastwood se frotte frontalement à l’histoire d’un couple de «
vieilles pédales », dont l’une aurait tué son amant, résultat d’un meurtre « passionnel »… L’amour, encore et toujours l’amour !
Et puis nous parvient aujourd’hui ce « J. Edgar », dernier coup porté à la mythique
virilité de l’hétérosexuel made in USA à travers la description par Eastwood d’une grande figure de l’Histoire américaine, Hoover, comme d’une tapiole honteuse qui enfilait les robes de sa maman…
Trop fun ! Sans compter que le personnage est interprété par Leonardo DiCaprio, l’un des plus grands fantasmes gay des années 90 à propos duquel les rumeurs d’homosexualité n’ont d’ailleurs
jamais été officiellement démenties… ni confirmées, d’ailleurs, me direz-vous avec clairvoyance !
Saviez-vous enfin que Clint Eastwood ne s’est pas reproduit depuis 1996 (sa fille Morgan, dernière d’une lignée de neuf enfants !) et qu’il soutient aujourd’hui le mariage arc-en-ciel, lui qui
fût pourtant un ardent conservateur depuis… toujours ! Bref, s’il n’est peut-être pas encore complètement homosexuel, Clint Eastwood donne l’image à travers son cinéma d’un auteur au minimum
plutôt branché « gay friendly »…
Films de Clint Eastwood :
- Au-delà (2011)
- Gran Torino (2009)
- Invictus (2010)
- J. Edgar (2011)
Par Phil Siné
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Publié dans : Portraits
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